Témoignage Véronique S

Veronique S,  65 ans au moment de l’entretien

 

  Qu’est-ce que tu as eu comme formation et quelles ont été tes premières expériences professionnelles, est-ce que c’étaient des expériences professionnelles avec l’informatique ou non informatique ?

Ma formation, c’est une formation à la fac des sciences, alors maintenant ça s’appelait avant CBBG, Chimie Biologie Biologie Géologie, après quoi, j’ai fais plus en maitrise de la chimie, on fait en chimie de la chimie pure, chimie organique et je suis rentrée dans un gros labo de Paris 7 qui s’appelait ITDS Institut de Topologie et de Dynamique des Systèmes. Et là, j’y suis rentrée en fait en ce qui correspondait maintenant au Master I, et au DEA à l’époque et donc.

Il s’agissait de faire un mémoire. Il y avait un Directeur très influant, je pense qu’il arrivait à ramasser à collecter pas mal de crédit et de subvention Il a commencé à équiper le Laboratoire en informatique (c’était le début). On avait des cours aussi dans cette année de DEA et j’ai fais un cursus qui s’appelait Informatique Appliquée à la Chimie, voilà.

Donc, tout en ayant précédemment rien vu d’informatique en fait c’était, donc, la caractéristique puisque moi, je suis née en 50, donc là, il s’agissait des années 70. La caractéristique de ces années c’est que on entrait dans le train en route, on ne se préparait pas. Il y avait une opportunité, quelque chose qui se présentait …  On allait prendre des cours ou non…  Et puis on up, on s’y met voilà, des pionniers quoi, c’est ça …

Bon, évidemment c’étaient les cartes perforées au début, ça n’a pas duré longtemps les cartes perforées mais je les ai même connues. On les envoyait au centre de calcul et puis on venait récupérer nos résultats sur listing quelque temps après oui, interaction qui n’était pas terrible en fait ça se passait comme ça. Tu attendais plusieurs heures avant d’avoir le retour, si t’avais un caractère qui était mal rentré bien, tu recommençais..

Et après on a eu des machines locales qu’on pouvait utiliser directement de nos bureaux.

 

  C’était du calcul, j’imagine pas mal

Oui, c’était du calcul à appliquer à la chimie, alors les tous débuts, les tous premiers calculs qu’on faisait, des calculs de modélisation, de simulation, des bases de données… J’ai abordé un peu tous ces sujets-là.

Et puis il y a la partie recherche ; il s’agissait d’un laboratoire de recherche, j’ai énormément travaillé et programmé pendant de nombreuses années en interaction avec les chercheurs puisque moi, j’avais un grade d’ingénieur et pas de chercheur.

J’ai beaucoup travaillé à des tentatives pour quantifier les propriétés de molécules chimiques que l’on déduisait de leur structure.

On mettait sous forme de chiffres les structures moléculaires et on mettait ça en relation avec une propriété ou une autre ; on établissait des relations et cela permettait de prédire pour une propriété donnée, quel type de molécule sera la plus la plus positive par rapport à cette propriété .

Concernant des gaz et les propriétés qu’ils peuvent avoir, qui peuvent aussi protéger contre des rayonnements. On avait des contrats avec l’armée c’est là-dessus où j’étais payée pour faire ce type de recherche. Le gros intérêt évidemment c’était de chercher à l’aveugle plutôt que de faire des tests beaucoup plus couteux. Le calcul ça ne coute rien par rapport à la simulation qui coûte beaucoup moins que l’expérimentation.

La simulation ne supplante pas l’expérimentation, mais si on a déjà une direction pour taper déjà dans certaines cibles.

 

  Les premiers systèmes informatiques avec consoles que vous avez eu, c’était de quel type ?

Dans mon souvenir des PDP, c’était DEC alors. Puis après on a eu ces stations graphiques, silicones graphics , quand on s’est mis à faire de la simulation on s’est mis à représenter ces structures moléculaires avec des formes comme on le faisait de tout temps en chimie avec des bâtons et des boules. On l’a fait sur ordinateur de façon bien, beaucoup plus rapide, on faisait vraiment des modèles assez élaborés et là, on utilisait pleinement les capacités graphiques.

 

  En termes d’organisation, entre les chercheurs et la programmation, il y a-t-il des gens qui tenaient le rôle d’analystes ?

Oui, c’est comme ça que ça se passait oui, c’était vraiment un aller retour avec les chercheurs et en effet, on participait à la question.

 

  Et vous aviez un certain formalisme, des formes de documentation et des programmes, des process, c’était les travaux des chercheurs de documenter ?

C’était le plus le boulot des informaticiens et je dirais que la documentation c’étaient les commentaires, c’était essentiellement dans le code oui… Tout ça n’était pas formalisé.

 

  Est-ce que ceux qui se lançaient étaient on va dire un peu courageux, ou téméraires  ou est ce qu’il y a des gens qui avaient un peu peur ?

Je me souviens d’un chercheur, bon, qui n’était peut-être pas très hardi, à l’occasion d’un changement de machine « ah oui, ça y est, tu t’y étais déjà mise ? » eh bien oui, tu sais ça va.. , bon, moi j’avais pris ça comme si je changeais de vélo, très facilement.  Enfin voilà, c’est une question aussi de beaucoup d’âge.

 

  Comment s’organisait votre formation ?

Il fallait tout inventer… on a eu des cours de programmation et puis après au fur et à mesure, je me souviens que c’est nous même qui nous tenions au fait, par nous-même, avec des documentations bien entendu.

J’ai fait ça pendant des années, c’était orienté développement, une bonne vingtaine d’année et puis à un moment, voilà, j’en ai eu assez de développer.

J’ai souhaité passer à autre chose et j’ai pris l’opportunité de cette formation administrateurs systèmes réseaux qui était proposée par le CNRS. J’ai pu bénéficier de cette formation, c’était une année scolaire à mi-temps, sur les systèmes et les réseaux, avec 25 personnes. L’ensemble avait considérablement changé, évidement depuis les débuts et puis là ça me permettait de voir autre chose que l’aspect développement.

 

  Est-ce que tu trouves que le travail est vraiment de nature différente?

Oui, oui, je trouve qu’il est très différent. En tant que programmeur, il y avait cet aller retour avec les chercheurs bien entendu, en système réseau c’était quand même un travail beaucoup plus indépendant. Dès l’instant où le besoin d’un outil, ou d’une puissance de calcul du chercheur était bien identifié, après le travail était vraiment beaucoup plus autonome dans sa façon de le gérer.

Moi, j’ai trouvé plus d’indépendance, j’ai exercé ce métier dans un laboratoire qui fait toujours partie d’une grosse fédération de laboratoires. Je travaillais en connexion avec des collègues qui faisaient la même chose dans les autres laboratoires. On avait une seule machine commune, avec des ressources propres à chaque laboratoire et des ressources communes ; l’administration se faisait de façon assez collégiale.

On avait la gestion d’un budget et c’est nous qui décidions comment le gérer de la meilleure façon, en relation avec les besoins des chercheurs. La gestion du budget passait par l’achat, la réception des commandes, l’installation des machines, l’installation des systèmes d’exploitation, la mise en réseaux.

Tout de A à Z plus installer les logiciels nécessaires dans cette branche là qui était la météorologie à l’époque, et aussi les services mail FTP, NFS, tout le service réseau. C’était beaucoup plus large comme spectre, un spectre d’activité par rapport à la programmation proprement dite. La programmation on fait moins de choses différentes c’est la nature des travaux qui diffère, jusqu’au débogage de script pour aider les chercheurs aussi enfin, voilà des trucs hyper variés quoi.

 

  J’imagine que les installations de certains packages ne sont pas forcément simples.

C’est essentiellement linux qu’on installait, on commandait les serveurs nus, sans rien et puis après on mettait les distributions qui nous convenaient de linux et puis les couches logicielles.

Les modes d’installation évoluaient aussi sans arrêt. Je me souviens avoir fait des procédures pour installer des serveurs sur une machine nue quasiment appuyant sur un bouton de A à Z et puis tout se faisait automatiquement et bien quelques mois plus tard, il fallait tout recommencer parce que les versions avaient changé.

 

  Et tu es restée alors dans ce milieu de la recherche toute ta carrière ?

Non, j’ai fait une incursion dans le privé.

Je suis passée dans un environnement quand même complètement différent parce que c’était une société de services pour les systèmes boursiers. Il y a eu un moment où les bourses physiquement ça s’est complètement arrêté au profit des ordres passés par de façon électronique. J’ai travaillé dans ce contexte là parce que j’avais des relations, et je retrouvais les mêmes types de machines c’est du matériel Sun sous Unix que je connaissais bien.

La grosse différence était le contexte, celui une société privée, grosse société privée quand même avec des gros départements différents, et des rivalités entre départements.

Des choses que je ne connaissais pas, des hiérarchies de chefs et sous-chefs que je trouvais lourdes voire peu efficaces enfin, je ne trouvais pas forcément très bon quoi… mais bon c’était fait comme ça et puis ça marchait comme ça et puis voilà.

Je pense d’ailleurs que dans la boîte dans laquelle je suis rentrée au début avait être très satisfaisante comme environnement humain et comme organisation… C’était une startup à son démarrage et avec un élan, quelque chose de dynamique, et puis après les choses se figent d’une façon ou d’une autre et l’esprit change. Le contexte était la rivalité entre les donneurs de l’ordre, les techniciens et les sous-techniciens. Les donneurs d’ordre, les fonctionnels, ils disent comment les choses doivent se faire et puis ils développent des spécificités, ce n’était quand même pas ça … en fait ils n’étaient pas particulièrement compétents. C’était leur place et c’était à eux de donner les ordres.

Je me suis fait la réflexion que en fait dans le milieu de la recherche les gens étaient beaucoup plus au courant des dernières choses. La veille technologique qui était beaucoup plus importante.

 

  Donc l’expérience ne t’a pas convaincue ?

Non, j’y suis restée bien quand même, 3, 4 ans puis au bout d’un moment je me suis dis, non je préfère vraiment le milieu de l’enseignement recherche. J’ai eu la chance de pouvoir retourner dans le laboratoire météorologique j’avais quitté, il y avait dans le milieu de la recherche plus cette curiosité .. « tiens oui il y a ça qui se passe maintenant »..  « il y a ça qui est sorti »…

Je suis revenue dans le milieu de la recherche et là j’ai fait quelques années encore en systèmes réseaux puis ce que c’est pour ça qu’ils m’ont repris et au bout d’un moment, en fait je commençais à me lasser là aussi et à vouloir faire autre chose.

Donc, j’ai fait une première tentative en fait en proposant d’occuper un créneau qui n’était pas du tout occupé là, dans ce laboratoire qui était celui de la communication.  Dans un premier temps, ça n’a pas du tout reçue parce que le directeur n’en voyait pas l’utilité ni l’intérêt et puis à la faveur d’un changement de directeur j’ai pu faire une transition.

Pendant un temps, j’étais vraiment sur les deux créneaux et puis au bout d’un moment j’ai pu laisser de plus en plus tomber l’informatique.

Mais c’était vraiment la toute fin avant de m’arrêter tu vois.

 

  Finalement, tu avais une affinité avec l’informatique puisque cela t’a quand même suivi beaucoup d’années ?

Je n’ai pas choisi véritablement cette voie sauf en dernière année de DEA… je dirais que je suis plus tombée dedans quoi.

Alors une fois tombée dedans, en effet ça me correspondait d’une certaine façon ça me plaisait mais je ne peux pas parler d’une vocation.

 

   On va passer aux questions transversales maintenant, par rapport au jeunisme dans l’informatique est-ce que tu l’as senti ?

Moi, je dirais que à la fin, j’ai pu ressentir, que moi personnellement, ça suffisait et je n’avais plus très envie de me tenir au courant des derniers trucs, que ça m’intéressait plus tant que ça. Cela je peux le mettre en relation avec l’âge.

Mais quand j’ai fait cette formation systèmes réseaux, j’avais quand même plus de 40 ans déjà, ça m’a beaucoup plu d’aborder des tas de sujets nouveaux parce que l’informatique s’était développée à tel point que, c’était tout un monde avec différents sujets …  et ça m’a vraiment beaucoup plu. Aborder de nouveaux sujets…  On est disposé à faire autres choses !

 

  Sinon par rapport à la mixité ; est-ce tu as eu le sentiment d’entrer dans un milieu ou l’informatique c’est une affaire de garçons ?

En tout cas, pas au début parce qu’au début comme je t’ai dit, on était tout une promotion de jeunes qui rentrions dans ce même gros labo pour faire de l’informatique et de la chimie en même temps et là c’était vraiment mixte. Mais il y avait les deux disciplines, ce n’était pas l’informatique pur et dur.   C’est que dans le software quand même, il peut y avoir pas mal de femmes, je ne me suis jamais senti isolée, en tant que femme.

C’est dommage parce que je n’ai pas le chiffre exact, quand j’ai fait la formation systèmes réseaux, là ça étais un peu différent quand même.   Dans le hardware, là, je ne dirais pas la même chose. J’ai eu quelques collègues femmes mais c’était beaucoup moins. Mes collègues étaient quand même dans la grande majorité des hommes donc, en systèmes réseaux oui, ça c’est vrai.

 

  C’était un peu lourd parfois ?

Je n’ai pas vécu comme ça au final, non, ça ne m’a pas plus dérangé que ça.. Mais j’ai toujours travaillé dans le milieu la recherche et ce n’est peut-être pas comme ailleurs non plus ; c’est quand même un peu différent.

 

  Et quand tu as fait ton incursion en privé, tu as eu quelques moments où c’était un peu tendu ou t’as pas ressenti ça ?

Dans le privé je pense que travail était moins considéré que celui d’un homme.

Je pense que dans un milieu plus mixte, c’est moins difficile. Je ne dis pas complètement fifty-fifty mais j’ai l’impression qu’avec la mixité, il a plus de possibilité de s’épanouir et d’avancer, tout à fait.

 

  Pour finir est-ce que tu conseillerais à des jeunes d’y aller, en informatique ?

Ah ! Oui, je pense oui, je pense que c’est une voie d’avenir, tout à fait.  Bien, le conseil, c’est quand même d’être très curieux au départ, quand même assez rigoureux parce que ça demande beaucoup de rigueur et puis de ne pas hésiter en fait à évoluer à changer parce que c’est énorme l’informatique.

Je dirais que bon alors, évidement, j’ai eu ma vie de famille, les enfants tout ça mais je pense que je suis restée longtemps à faire du développement, je suis restée trop longtemps, oui, oui.