Témoignage Patrick M

Patrick M, 59 ans au moment de l’interview

 

  Quel a été ton parcours en termes d’études ?

Mon parcours en termes d’études, j’ai fait l’étude d’ingénieur agronome, c’est-à-dire 5 ans après le bac, ensuite j’ai fait DESS en gestion de projet et en marketing avec des unités de valeur sur la recherche opérationnelle et la programmation  COBOL .

 

  Donc des études assez longues alors ?

Des études assez longues, oui, parce qu’en fait je voulais surtout terminer le cursus technique, ingénieur agro avec une partie gestion, je voulais avoir une palette assez diversifiée, mais je ne sais pas trop bien que je voulais faire après.

 

  Est-ce que ton premier job a été un job déjà dans informatique ou ?

Oui, tout à fait, alors pourquoi, parce que, initialement, je me destinais à trouver un job dans l’agro alimentaire et puis en fait cela ne me plaisait pas  tant que ça. Et comme j’avais suivi des unités d’enseignement sur la programmation, j’ai été immédiatement attiré par ça, en fait, j’ai postulé automatiquement à des boîtes de services qui recrutaient énormément. Ensuite elles formaient pendant 2 ou 3 mois  et on devenait analystes programmeurs ou analystes. Donc, je n’ai pas une formation d’informatique très poussée, c’est une formation sur le tas.

Alors ensuite rétrospectivement je m’aperçois que il y a quand même des bases qui me manquaient, notamment sur les techniques de langage de l’ informatique , ça me manquait  pas mal , l’algorithmique aussi un petit peu , même si je me débrouillais pas trop mal mais, il y a des bases quand même qui m’auraient été utiles d’apprendre devenir plus formel  avec un enseignement classique.

D’un autre côté, la formation d’ingénieur agronome  qui est basée pas mal sur l’expérience, l’analyse statistique … Dans certaines phases du travail notamment le debug  ou l’analyse de programmes etc c’est quand même une tournure d’esprit qui peut être intéressante qui fait que on peut aller directement à une solution.

 

   Il y a un coté un peu pragmatique, c’est ça

Un coté expérimental, et puis le fait que comme on teste des choses, on apprend beaucoup, dans les écoles d’ingénieurs surtout les ingénieurs agro  à ne modifier qu’ un paramètre à la fois donc, c’est un principe de base qui fait que on évitera de  perdre du temps à modifier plusieurs paramètres comme on est en phase du debug.

Donc c’est des habitudes de travail et qui sont de bonnes habitudes de travail dès les départ. La méthode expérimentale peut être très fructueuse dans certains cas, pour observer un système qu’on ne connait pas et c’est une approche analytique qui peut être intéressante.

Et, moi au départ quand j’ai fait ingénieur agro quand j’étais gamin, moi, j’aimais bien les fleurs, j’aimais bien les insectes, j’aimais bien me balader dans la nature ; et quand j’ai fait les stages au cours de mes études, je me suis aperçu que la réalité du monde paysan était, c’était pas du tout ce que j’imaginais : c’était un milieu qui était très dur ; ça m’a rendu un peu tiède vis-à-vis ce genre de métier qu’on pouvait faire en agronomie.

Et en même temps je me rappelle que pendant les études, il y avait un gars qui était venu nous dire que voilà, il y avait des révolutions informatiques qui étaient en route.

Le déclencheur c’était un prof qui s’est emmené à l’amphithéâtre, ça c’était à la fin des études, il était arrivé avec un gros ordinateur portable, un portable assez lourd quand même, et on a entendu de la musique qui sortait de cet ordinateur.

C’était la cinquième de Beethoven, je me rappelle, et on était tous complètement stupéfaits de voir que un ordinateur pouvait jouer de la musique et que c’était agréable à entendre, alors ça c’était vraiment le déclencheur. Et à partir de là, j’ai voulu moi aussi avoir une petite machine programmée et en fait le plaisir que ça donnait mais ça ne m’a jamais quitté.

 

  C’était quoi comme machine alors

C’était une machine HP, une machine qui était grosse comme une machine à coudre, ce n’était pas si grosse que ça en fait, avec une petite imprimante intégrée et c’était déjà extraordinaire ce qu’on peut lui faire faire à l’époque.

Je faisais la programmation comme je faisais de la recherche opérationnelle on avait fait des programmes de simplex … pour faire l’optimisation de parcours, des choses comme ça et puis aussi comme c’était à l’époque, c’était en DESS, on avait fait des calculs statistiques sur des matrices pour calculer les tendances saisonnières, la saisonnalité, et puis la saisonnalité des ventes sur un secteur etc.

Donc, comme j’ai vu la puissance de calcul que ça représentait, j’étais vraiment impressionné. Et parallèlement il y avait aussi des amis qui s’amusaient à faire des programmes de mise en correspondance de deux personnes en fonction des affinités, donc ils avaient fait une sorte d’agence matrimoniale avant l’heure où chacun donnait ses qualités, ses envies, ses goûts … et le programme il décrétait qu’un tel allait bien avec une telle ..

 

  Dans les années 80 ?

C’était en 79, donc, à l’époque on voyait surtout le COBOL qui est utilisé dans l’entreprise mais on voyait déjà paraître des machines de taille modeste, comme celle dont je parlais avec lesquelles on pouvait faire une chose intéressante.

 

  Cela coutait cher, un petit ordinateur à l’époque ?

A l’époque, je sais c’était peut-être en 80 je n’avais pas acheté un gros ordinateur comme ce qu’il avait à la fac mais c’était des petites machines ; des calculatrices programmables, je me rappelle c’était HP34C…

J’ai fait des programmes de jeu, de statistiques, ça c’était ma première et deuxième expérience de programmation, alors pourquoi c’était bien parce que c’était contraint. Il y avait je me rappelle des centaines de lignes de programmes pas une de plus, tout devait être tenu  là-dedans et ce côté contraint je trouvais que c’était ça la chose la plus intéressante.

Faire tenir quelque chose dans un volume réduit avec en faisant appel à toutes les ressources de l’optimisation de, c’était un exercice intellectuel  passionnant.

Et quelque part aussi, et je retrouve encore c’était la liberté, c’était vraiment un  sentiment de liberté, c’était infini, c’était grand.

Et ce sentiment de liberté, je l’ai soit en programmant, soit en conduisant.

 

  Donc, t’as eu combien d’expériences professionnelles ?

Combien j’ai eu d’employeurs ? Au départ c’était la CGI, c’est pas la CGI qu’on connait actuellement, c’était la Compagnie Générale de l’Informatique qui avait été créée par un polytechnicien qui s’appelait Mallet qui avait bâtit la méthode CORIG, c’est un générateur de code, un générateur de code COBOL, et j’avais travaillé dessus, c’était une boîte très renommée à l’époque, qui a disparu et qui a été achetée par IBM.

Donc il y a eu cet employeur-là, ensuite j’ai fait une petite parenthèse pendant un an, j’ai fait un boulot qui n’a rien à voir, c’était un boulot d’agent commercial dans le domaine de fruits et légumes.

Ensuite je suis revenu dans une société de service de la lyonnaise des eaux en tant qu’analyste programmeur sur du COBOL, donc, c’était la deuxième société, j’y suis resté 4 ans. Ensuite j’ai été pendant quelques dans une société qui faisait un progiciel de gestion d’étude huissier programmé en Cobol. Ensuite j’ai été dans une société qui vendait des logiciels du matériels de réseaux ; et finalement j’ai atterri chez Oracle j’ai pas fait tant de société que ça, j’ai atterri sur Oracle et c’était en 89 et j’avais commencé fin 81, et toutes les sociétés dont je viens de parler, c’était entre 81 -89 .

 

  Au début c’était beaucoup sur l’analyse programmation et à partir du moment, où t’es entré sur Oracle, t’es plutôt sur …

Du technico-commercial, quelque chose qui n’a rien à voir avec la programmation.

 

  Et comment tu as perçu le travail en informatique par rapport à tes attentes initiales ?

Je vais être honnête je vais dire, je n’ai vu aucun progrès… C’est à dire il y a plein de choses évidemment qui ont progressé. Mais dans le métier lui-même pour moi, l’approche, je la trouve identique, peut-être c’est moi qui n’ai pas évolué, mais je travaille toujours de la même manière.

C’est comme quand tu vois une bagnole, les bagnoles que tu vois maintenant, elles ont toujours les même forme qu’il y a 30 ans, 40 ans, alors évidemment elles marchent encore beaucoup mieux ; elle sont beaucoup plus fiables mais les concepts sont toujours les mêmes. C’est ce qui m’a un peu  déçu mais je me rends compte que finalement on appréhende toujours les problèmes de la même manière, les choses positives c’est qu’il y a des quantités de techno nouvelle qui apparaissent donc, de ce coté là, je dirai que je m’amuse toujours autant.

Dans le métier que je fais chez Oracle ce n’est pas tellement un travail de programmation, c’est un travail de technico commercial, il consiste à convaincre un client potentiel qu’on a un produit qui est meilleur que les autres. Il faudra montrer le produit, donc  le faire fonctionner, donc, on fait parfois un peu de programmation.

Je me lance en parallèle sur des recherches personnelles pour faire la programmation sur les choses qui m’amusent.

C’est beaucoup de bonheur d’avoir un bon sujet, l’imaginer dans sa tête à se dire voilà je vais le faire comme ça etc., et ensuite apprendre ces outils et puis à définir la structure, j’imagine comme le sculpteur doit trouver la même satisfaction il se dit voilà je vois ce bloc, je vais faire immerger une tête ou un tronc à partir du bloc.

J’éprouve le même bonheur à ciseler quelque chose et à faire faire ce qu’on voulait exactement réaliser. Faire un jeu, un petit utilitaire, c’est incroyable et toujours un bonheur de voir quelques lignes de codes qui fonctionnent, ça m’étonne toujours et ça me donne toujours beaucoup de plaisir, quelque chose qui marche c’est toujours incroyable.

 

  Le management en informatique à ton avis est ce que c’est différent de management tout court ?

Non, pas du tout ; le management, c’est faire en sorte qu’une équipe donne le maximum d’elle parce qu’en fait on va gérer des individus et il faut dynamiser l’équipe.

Ça j’y crois beaucoup et les gens vont s’éclater parce que l’équipe fonctionne bien elle-même. Et pour arriver à cela il faut s’intéresser aux gens, c’est-à-dire, de manière charnelle et humaine quoi. Après  avoir constitué une équipe on va sur les chantiers.

 

  Est-ce que la fonction d’analyste programmeur a changé ?

Oh oui, alors cela a beaucoup changé, tout à l’heure je disais est ce qu’on travaille de la même manière qu’avant ETC, je disais oui, mais en fait ça c’est dans mon travail d’aujourd’hui d’avant vente mais quand je  vais à  la partie analyse-programmation ça a énormément changé parce que désormais on travaille sur des cycles beaucoup plus rapides et je trouve que c’est beaucoup mieux, là il y a  eu très gros progrès, je vois par exemple avant il y a une expression de besoin ,  on partait à l’atelier pour faire ce que le client a  demandé.

Quand on revenait évidemment des besoins avaient changés, il fallait modifier et ce n’était vraiment pas une bonne méthode de travail.

Donc, effectivement il y a  aujourd’hui les méthodes agiles, qu’on  maitrise bien c’est vraiment fantastique, c’est une très bonne méthode, très bonne manière de travailler et on a moins de déception par rapport à ce qu’on va fournir. Vraiment  c’est très bien,  il y a beaucoup de progrès là-dessus. Dans les sociétés de service cela c’est vraiment professionnalisé.  Le pilotage est beaucoup plus efficace qu’avant ; on arrive à faire des choses qui font ce qui avait été demandé et qui correspondent à des besoins qui peuvent évoluer entre temps.

 

  A ton avis, on aurait pu adopter ces méthodes agiles avec les langages qu’on avait à l’époque ?

Les langages tout bien raisonné, tous les mêmes,  ils ont tous leurs avantages, leurs limites, aucun langage génial  n’a été  inventé; je prétends que il y pas eu de gros progrès là-dessus, par contre sur la conduite d’un projet, le pilotage, là-dessus, il y a de gros progrès.

 

  Donc avec tes expériences est ce que tu as touché de près le métier sur de la production ou de l’infrastructure

Non, ça c’est un domaine que je n’ai pas touché, enfin, si je l’ai touché une fois, parce ce que là où je travaillais dans la petite entreprise vendait des réseaux ; on fabriquait des cartes et j’avais câblé tous les bureaux.

Mais en ce qui concerne la production, je me suis pas confronté à cela; la production ne m’intéresse pas du tout je trouve ça horriblement stressant, j’ai pas envie d’y laisser ma santé sur ces problèmes-là.

Je fais une parenthèse dessus parce que c’est vrai qu’on parlais de management tout à l’heure, le manager il doit aussi bien discerner les risques de burnout ; et ça arrive très souvent sur un projet et cela peut être lié à trop excitation. On peut arriver sur un projet où les gens sont tellement excités par ce qu’ils ont à faire par le développement …. qu’ils se surinvestissent et peuvent péter les plombs, ils peuvent présenter des problèmes de santé et ça aussi, le manager il doit pouvoir le détecter.

Je dis ça parce qu’à moi, ça m’est arrivé à titre individuel, j’étais sur un projet et je prenais beaucoup de plaisir à travailler là où j’étais,  l’intensité était tellement forte pour livrer que finalement ça posait un  problème de santé..

 

  On doit être capable de tempérer l’enthousiasme

Exactement, ça peut être, l’enthousiasme ça peut être quelque chose à double tranchant et ça peut générer soit de la satisfaction de l’excitation mais ça peut générer aussi beaucoup désordres si c’est pas canalisé et c’est le rôle de manager de canaliser ça.

 

  Est-ce que tu pourrais prendre 5 minutes pour décrire une journée type en tant que technico-commercial ?

Alors quand on fait du   technico-commercial une journée type n’existe pas, c’est un travail très atypique parce que ça peut être à la fois une journée en représentation, c’est à dire on va chez un client, on va chez une entreprise ou une organisation, on va discuter de ses besoins, on va évoquer l’offre qu’on représente, une relation purement commerciale ou pré-commerciale.

Il y a d’autres journées ou on répond à des appels d’offres.  Un appel d’offre ça se présente sous forme d’un document, une lecture qui n’est pas toujours agréable, il faut lire à l’intérieur, essayer de comprendre les besoins c’est pas toujours rédigé dans un bon français ou dans un bon anglais, donc, il faut compléter ça par les contacts téléphoniques pour dire c’est bien ça que vous voulez.

Après on se met à rédiger, et à composer une solution qui sera en compétition avec d’autres fournisseurs et on va essayer de parer de ses plus beaux effets.

Ensuite ça peut être la préparation du démonstration parce que c’est une phase importante du travail d’avant-vente qui est de préparer une démonstration attractive et ça c’est une période très intense, on va inventer un cas de figure, on va montrer que les produits qu’on a, ils peuvent répondre avec ça avec le maximum d’ergonomie, d’efficacité de puissance et tout ça.

Donc la préparation ça peut prendre beaucoup de temps, on appelle ça  des « proof of concept », il y a le client qui dit « est-ce que vous êtes capables de faire ça ? »

On dit oui, on va vous le démontrer et en général on va consacrer quelques jours voire plusieurs semaines et ensuite la démonstration officielle se fait lors d’une soutenance où les représentants du client sont là.

Et dans les représentants il peut y avoir des gens qui connaissent bien la technique, d’autres qui connaissent plutôt le métier, il y aura des acheteurs donc ça sera un panier complètement hétéroclites de personnes avec des profils très différents et le rôle de l’avant-vente ça sera d’avoir un discours, un langage qui puisse adapter à tous ces différents profils qui sont en face . Certaines questions paraitront bêtes, est-ce qu’elles sont posées par quelqu’un qui a une culture différente de la nôtre, donc c’est un travail chaque fois de caméléon , il faut vraiment adapter le discours au profil des gens qu’on a en face .

C’est le côté intéressant, évidement  puis ce que ça oblige à être très malléable dans sa manière de s’exprimer et puis même si ça dépend du cas il y beaucoup de travail par téléphone, se sont, il y a des collègues par exemple qui travaillent en « remote » c’est-à-dire dans des pays comme l’Espagne etc, qui ne travaillent que par téléphone.

Il y a  ensuite, des journées  vides, elles ne sont pas vides  dans le sens ou fait des choses comme par exemple se former sur des produits,  lire des articles ; personnellement, je pense que avoir une bonne culture générale c’est très important dans notre métier, ça permet de faire des parallèles avec d’autres concepts ,avec d’autres domaines professionnels donc, il est important de se tenir au courant des journaux de manière de pouvoir élargir une discussion, à prendre de comparaison à savoir ce que font les compétiteurs d’un client  par exemple tu vas  voir un groupe atelier, il est très important de savoir d’avoir, de s’être renseigné avant sur quel était le métier, quelle était la compétition, quels étaient les enjeux, les chiffres, donc, c’est un travail qui est un travail de recherche bibliographique, elle consiste à préparer le dossier, à se renseigner sur un métier,  c’est aussi important ce travail.

Et on se rend compte que, on fait le métier technico-commercial, si le rendez-vous est bien préparé à l’avance, si on connait bien le métier du client, ça change fondamentalement le discours et la manière dont ce qu’on raconte va être aperçu et reçu.

 

  Les clients que tu vas voir, sont des directions informatiques ou les directions d’études ou directions opérationnelles ?

Très souvent se sont plutôt les directions étude, des directions fonctionnelles rarement enfin assez rarement parce que les produits qu’on vend sont plutôt produits techniques, donc ça sera plutôt directions d’études, des directeurs informatiques dont le cas de structure de taille moyenne petite, dans le cas de très grosse entité ce sera assez rare, ce sera plutôt des directions d’études, parfois on peut être emmené à rencontrer des responsables fonctionnels.

 

  Et ce sont des gens qui ont une certaine vision de l’avenir dans l’informatique ou qui ont plus une vision de leur métier alors ?

Les gens qu’on rencontre ? Alors de plus en plus ce sont des gens qui sont ignorants des métiers de l’informatique, c’est ça qui est incroyable c’est qu’avant on parlait avec des professionnels de l’informatique. On va rencontrer des gens plutôt plurifonctionnels qui ont une bonne idée sur leurs besoins qui savent bien les  exprimer ; mais qui ne connaissent pas les contraintes de l’informatique … Et ils seront tentés par le plus offrant ou le plus sexy on va dire.

 

  Disons, dans l’influence alors ?

Voilà, Il y a beaucoup d’influences donc, ça modifie un petit peu l’argumentation. On n’argumente pas seulement sur le respect technique du produit mais il faut élargir le discours d’argumentation.

Il faut être plus dans le use case c’est à dire vraiment vend des use case. Par exemple si je vais voir un groupe hôtelier, je ne peux pas lui dire voilà mon produit c’est de middleware…ça fait ça et ça.   Non ! il faut qu’impérativement que j’ai des use case c’est-à-dire des cas typiques qui sont vécus en tel groupe de clients… Donc, il faut absolument avoir un tas de use case qui parleront aux gens en face .

 

  Pour appréhender une problématique de cloud, pour avoir une gestion cohérente de leur système vis-à-vis du Cloud, les clients finalement ont-ils une  vision là-dessus ?

Vis-à-vis du cloud, les gens peuvent changer de casquette très rapidement même dans la journée. Non je ne vais pas mettre tous mes données dans le cloud parce qu’il y a trop de risques et puis peut être que deux jours après finalement on va quand même fermer les yeux la dessus parce que finalement bon….

Il y a beaucoup de positions qui semblaient acquises, changent sous la  pression de pleins de facteurs ; les cartes sont en train d’être rebattues.

 

  C’est un peu comme la révolution du client serveur, vis-à-vis des gros systèmes ?

C’est beaucoup plus important que ça, c’est plus important parce que il y a carrément un abandon, l’organisation quelque part abandonne ses prérogatives sur la production c’est-à-dire, elle a confié à une entité virtuelle qui dans quelque part chez un éditeur un fournisseur de cloud. C’est vraiment un gros gros changement et qui crée d’énormes tensions  dans les entreprises, c’est-à-dire quand on va s’entretenir avec nos interlocuteurs,  il faut marcher sur des œufs parce que on ne sait si le poste de nos interlocuteurs peut être remis en cause avec le cloud…

 

  La  profession  informatique  n’aime pas les aînés, comment est-ce que toi tu perçois cela ?

En ce qui me concerne je m’estime tout à fait capable, mon cerveau qui fonctionne aussi bien qu’avant, j’ai l’impression d’avoir plus d’expérience qu’avant, je me laisse piéger moins par des problèmes techniques ou que  ce soit, j’ai l’impression d’être en pleine forme etc.… Maintenant la réalité c’est quoi, c’est que, que ce soit en informatique ou dans tous les autres métiers, les vieux, on n’en veut pas, c’est-à-dire les vieux il faut qu’ils dégagent, il faut qu’il y a des jeunes qui arrivent, qui emmènent notre vision, du sang neuf mais aussi en rapport à la vie courante, qui soit plus moderne, et, donc il faut accepter je pense, cette réalité là. En fait que par exemple, la où avant on demandait de la compétence, la technicité ça sera peut-être moins mis en avant on leur demandait maintenant davantage de rapidité. La  rapidité sera beaucoup plus valorisée, et ça va primer sur tout le reste. Pourquoi, parce que ce sera un gage de confiance, quelqu’un qui va les prendre rapidement, et qui sera présent là dans l’immédiateté, ça va générer plus de confiance que la compétence elle-même. Il faut l’accepter et si on veut durer dans le métier il faut s’y plier, c’est-à-dire il faut combiner l’immédiateté de réponse et les compétences.

 

  Ceux qui sont en  fin de carrière, s’ils veulent survivre il faut qu’ils apprennent  vite. 

Je ne sais pas si c’est suffisant parce que de toute manière il y aura un gap de génération entre les 20 ans et 30 ans, il y a un fossé  énorme, sur l’usage par exemple des mobile et  tablettes sur l’usage digital, pour l’usage et la manière de communiquer, la manière de faire savoir ce qu’on a fait aux autres ; il y a un gros fossé, et ça on ne peut pas combler.

Il faut accepter le fait qu’il y a des gens fonctionnent de manière radicalement différente qui appréhende de manière radicalement différente.

 

  Par rapport à la question de la proportion homme femme dans la profession, alors est-ce que t’as vu des changements au début ?

Donc par rapport à la proportion, homme-femme, il y a un changement bien colossal, c’est-à-dire c’est une profession qui est sinistrée entre guillemet, il y a de moins en moins de femmes. Donc c’est une population presque exclusivement masculine.

Parmi les technico-commerciaux chez Oracle France il y avait 30% de femmes, et en 15 ans ça a été divisé par deux, on en a plus que 15% ; je pense que c’était une véritable catastrophe, c’est un métier qui n’attire plus que des mâles, alors pourquoi, je n’en sais rien.

 

  Tu n’as pas d’explication ?

Non, je n’ai pas d’explication, c’est quelque chose qui n’est pas très bon, je ne vois pas ça très bon parce que on n’est pas de la vraie vie, on évolue dans un milieu très masculin ou avec des femmes. Ça ne donne pas un climat équilibré, donc je ne pense pas que ça soit très bon.

 

  Sinon quelle est ta vision sur l’avenir de la profession?

Alors, l’avenir dans cette profession est, il n’a pas de limite, je veux dire, il y a encore plein de choses à faire, donc il n’y a aucun soucis à se faire là-dessus, c’est la porte ouverte à la créativité, il y a pleines de choses à créer, des idées nouvelles à faire, donc moi je vois un très bel avenir là-dessus.

 

  Si aujourd’hui quelqu’un veut s’engager dans la profession, qu’est-ce que tu lui donnerais comme conseil ?

Alors le conseil que je lui donnerais, des conseils de gestion de carrière, on peut s’éclater dans son boulot, mais il faut aussi composer avec une gestion de stratégie de sa carrière.

C’est-à-dire qu’il faut rester extrêmement mobile et multiplier absolument les expériences et ne jamais rester trop longtemps dans une boîte, ça veut dire typiquement, et faire le contraire de ce que j’ai fait.

La fidélité  dans une société, dans une organisation, c’est une absurdité ; mais je ne fais pas de soucis, parce que tous les jeunes qui arrivent sur le marché, ils ne sont pas câblés vis-à-vis de la fidélité d’une boîte. Donc, il faut multiplier les expériences, faire deux ans par ci, deux ans par là, un moyen d’avoir une carrière riche, d’avoir un niveau de salaire qui sera optimisé.

Voilà le conseil que je pourrais donner, surtout ne jamais rester longtemps dans une boîte sauf si on fait du management, alors on peut se reposer un peu et regarder comment fonctionne la boîte, mais ça c’est ce que j’ai tiré de mon expérience professionnelle…