Theo V, 45 ans au moment de l’entretien
Quelle est votre profession aujourd’hui ?
Je suis travailleur indépendant ingénieur système et réseau.
En 1999 j’ai été 3 mois employé comme webmaster, administrateur, homme à tout faire, un mi-temps payé 10 000 Francs, un beau salaire à l’époque . Dans les fait le mi temps c’était une illusion parce que cela s’est vite révélé être incompatible avec la licence que je devais terminer, alors j’ai donc du mettre un terme au contrat.
Ensuite après mes études en 2000-2002 j’ai été dans une société à nouveau avec cette casquette webmaster, administrateur homme à tout faire, je faisais du développement Perl, du renouvellement de noms de domaines…
Ensuite, j’ai été embauché dans une SSII pour travailler chez Wanadoo/Gégetel, j’ai été d’emblée embauché comme chef de projet, on nous a demandé de monter le système d’information de la nouvelle plateforme d’hébergement. On nous a demandé de le réaliser la nouvelle plateforme d’hébergement en 4 mois, on savait que cela allait être impossible, mais on l’a monté en 5 mois. C’était du Linux/Perl pour les développements, avec des systèmes de déploiement automatiques.un développement avant-gardiste. Un développement qui a explosé en vol parce que le responsable marketing a vendu cette plateforme avec un raisonnement qui avait 5 ans de retard. Alors que l’on avait les moyens de vendre les choses comme free vend aujourd’hui, ses offres. Arrêtons de vendre 5 boites mails, vendons 50 boites mails, arrêtons de vendre 5 Mo, vendons 200 Mo, de toutes façon on sait pertinemment que les clients n’utilisent qu’une faible partie des moyens mis à disposition. Le positionnement était nul et cela a péréclité.
Cela a duré 4 ans, de 2002 à 2006, Cégetel s’est fait racheter par SFR, je n’avais pas envie de continuer comme prestataire; j’ai pris la tangeante, je fais de l’infogérance et du développement, depuis bientôt 10 ans.
J’ai essayé de faire l’offshore, avec un ami franco algérien, on a eu des gens très compétents à notre service, cet ami a monté des bureaux à Alger, l’idée c’était d’avoir des ingénieurs algériens et de les faire travailler sur des projets Français. C’était a priori une bonne idée, mais dans les faits, cela s’est avéré très compliqué de faire travailler des algériens à distance; j’ai arrêté après 1 an et demi 2 ans, et avec un autre ami j’ai crée une société d’infogérance.
Je fais également de temps en temps des développements ou des corrections de développement.
Est-ce que vous avez eu à disposition un ordinateur étant jeune ?
J’ai eu un PC 1512 à l’âge de 12-13 ans,
Vous l’utilisiez pour ….
Je jouais et j’avais fait un peu de code en Basic à l’époque, mais j’étais pas très inventif, j’avais fait un peu de code à l’époque, j’avais acheté un bouquin et j’avais recopié les lignes de code et j’avais fait un petit jeu. Et en fait c’est la première fois que je me suis rendu compte, c’est l’illusion de quand tu sais coder tu pourra faire des interfaces magnifiques, des jeux, c’est vraiment un illusion. C’est à dire que pour que cela fonctionne il ne s’agit pas de savoir coder, il faut tout savoir coder. De l’interface graphique à l’algorithmique il y a un apprentissage assez long; pour l’interface graphique il y a des librairies, il faut savoir certains truc, et c’est en fait tu peux y passer beaucoup beaucoup de temps devant ton écran pour assimiler certains trucs, et finalement c’était pas très drôle.Peut être qu’à l’époque j’avais eu l’occasion de me challenger avec des potes pour faire des choses cela aurait été autrement; mais en fait ce n’est pas le cas, j’étais plutôt dans mon coin et voilà cela s’est arrêté, je me suis contenté de jouer à blackout et archanoid et d’autres jeux.
Par contre cela a été mon introduit à la notion de comprendre la logique de fichiers, de résoudre des problèmes, de comprendre la logique des systèmes, le DOS , taper des commandes dir, il y a eu des moments d’apprentissage forcés. Aujourd’hui on peut faire les choses sans rédiger de commande système mais à l’époque ce n’était pas possible.
Avez-vous passé le bac, si oui quelle section ?
Section scientifique
Quelle formation supérieur avez-vous suivie ?
Un DEUG MIAS, ensuite la licence et enfin la maitrise que je n’ai jamais finie en fait.
Est-ce que vous pensez que la formation a été pertinente ?
Oui la formation a été pertinente par rapport à ce que j’ai fait, même si plusieurs années après j’ai beaucoup programmé en PERL et ce n’était un langage que j’avais utilisé pendant ma formation, très peu. Mais clairement la formation ou on apprend à coder en C et on apprend comment fonctionne les allocations mémoires et ce genre de choses, quand on se retrouve avec des langages interprétés, plus naturels; on se retrouve en terrain conquis parce que c’est plus simple. J’ai plutôt une aisance avec les problématique d’algorithmique, cela m’a permet de concevoir des morceaux de code assez chiadés, assez compliqués; c’est une des raisons pour lesquelles je ne suis jamais devenu webmaster. C’est qu’en fait cela me motive moins de faire une interface web en ajustant les images et tout cela pour que cela marche bien, ce qui me motive plus c’est de penser un système pour pouvoir générer tout le site Web à partir de quelques templates. J’ai fabriqué un moteur de templates à l’époque ou cela n’existait pas encore pendant les années 2000, ça c’était assez marrant.
Qu’est-ce qui vous plait dans ce métier ?
Ce sont les problèmes, décrire les problèmes, résoudre les problèmes, je fais beaucoup d’administration système, et finalement il y a beaucoup de taches récurrentes et fastidieuses, et bien que cela soit contraignant et on qu’on aurait envie de râler tout le temps quand il y a des problèmes machine et des problèmes réseaux. Mais finalement c’est là que cela deviens intéressant de déceler le problème et de tacher de le résoudre.
Mais en même temps quand on prend un peu de recul on peut se dire que c’est une forme de branlette intellectuelle, tout autant que de discuter de sujets existentiels ou philosophiques ou comme font certaines personnes, qui finalement ne même à rien plutôt que se poser certaines questions et d’évoquer tous les possibles; discussions qui finalement ne même à rien..
Mais l’avantage dans le contexte c’est que l’on finit par trouver une réponse qui forcément est absolue parce que cela marche ou cela ne marche pas.
On peut toujours se dire, est-ce que finalement je ne ferai pas mieux d’aller courir ou d’aller faire du vélo ou aller au théâtre… ou de faire n’importe quoi d’autre que d’aller résoudre un problème sur un écran noir avec des caractères minuscules en blanc et à chercher sans arrêt alors qu’il n’y a rien de gratifiant à faire cela. Mais qu’on y ait passé dix minutes ou 2 jours à faire cela ne se voit pas.
Est-ce que vous pouvez décrire ce que vous faites dans une journée type ?
C’est difficile d’avoir une journée type. En fait, comme je suis indépendant et mon propre patron, Cela fait bien longtemps que je n’ai plus de journée type qui consiste à arriver au bureau et trainer un peu avec 5 dossiers en attente de trucs à terminer, commencer par un café, et puis commencer à en saisir un, puis reprendre un café, et aller prendre un café, discuter avec les collègues et recommencer, laisser passer l’heure du déjeuner et là ça y est on est à fond dedans et là cela y est on avance, manger à pas d’heure et partir relativement tôt ou non en fonction de l’état du projet ou de la flemme ou si on est dedans ou pas.
Donc ça c’était avant, maintenant mes journées sont très différentes les unes des autres, je peux très bien me retrouver à faire une demi-journée de facturation, une récap commerciale sur l’ensemble des clients, commencer par reprendre toutes les machines de l’infrastructure et vérifier qu’elles soient bien référencées, bien surveillées, est ce que les taches récurrentes se déroulent bien, remettre en cause un traitement parce que justement si la clef ssh elle n’a pas été déposée comme il faut alors le script ne peut pas s’authentifier.. cela commence comme cela et cela se peut se poursuivre de fil en aiguille et deux jours après on est encore dessus..
Donc j’identifie un problème, je le résous, je réécris une partie de ma procédure ce qui me permettra de ne pas retomber sur le problème.
Ou alors une autre journée type c’est … ce client, on a identifié exactement ce qu’il avait à faire, faisons en sorte que la prestation que l’on a identifiée en temps et heure. On ne travaille pas sur l’infrastructure en général mais on va travailler sur un projet client en particulier, on qualifie une chemin de transformation pour l’hébergement. Installer des machines virtuelles, créer des environnement web, migrer, tester.
Alors pour compléter ma journée type cela commence à 9 heures, et elle se déroule jusqu’à 18 heures voire 20 heures avec des interruptions quand les enfants reviennent à la maison, parce que je travaille chez moi.
Mais je ne sais pas si c’est pertinent de décrire une journée type parce qu’en tant que salarié je n’ai pas une vie type.
Je ne suis pas un acharné du commercial alors je n’ai pas un travail énorme, alors je n’ai pas de journée vraiment formatée ou contrainte.
Comment percevez-vous l’avenir de la profession ?
Je ne suis pas persuadé que cela va évoluer au niveau social; c’est-à-dire qu’un informaticien restera un informaticien, peut être un peu plus tourné vers le monde et un peu moins avec le profil geek qu’on peut imaginer aujourd’hui encore.
Les profils vont continuer à se diversifier parce que c’est déjà le cas.
Dans les métier du développement on va de moins en moins faire de la programmation bas niveau, on va utiliser de plus en plus des frameworks, on utilise des langages de programmation haut niveau.
Les admin système, je pense que dans quelques années on va les prendre pour des fous; mais je ne pense pas qu’on pourra s’en passer, les outils évoluent, mais comme le réseau évolue, comme les technos évoluent, les machines évoluent, il y aura toujours besoin de taper des commandes système.
Je ne sais pas si c’est un métier d’avenir, je ne sais pas si l’on peut vraiment s’épanouir, je veux dire systématiquement. Des fois on peut supposer que c’est un métier… quelqu’un qui arrive dans une carrière de dessinateur pourra peut-être s’épanouir plus systématiquement, enfin je l’espère, je pense que l’on peut s’imaginer que l’on peut s’épanouir en informatique mais je ne suis pas persuadé que l’on y arrive. cela peut devenir piégeant dans lequel on va faire que des trucs fastidieux et répétitifs parce que l’on recode des choses, on reprends et finalement ce n’est pas intrinsèquement valorisant. C’est pas vrai pour tout le monde, ce n’est pas une règle, je pense que ce n’est pas un métier dans lequel systématiquement on va s’épanouir.
Après l’informatique en elle l’avenir est assuré parce que les systèmes automatisés, il y en a de plus en plus et on n’est pas prêt d’éradiquer cette race-là.
La Vocation
Est-ce qu’à un moment vous avez eu le sentiment de « choisir la profession d’informaticien », si oui à quel age ?
Choisir je ne sais pas si on peut parler de choix, c’était pendant un DEUG et après une prépa ratée (que j’ai ratée exprès en fait). J’étais en DEUG MIAS, Math et Informatiques appliquées aux sciences sociales je crois. Je me suis retrouvé à faire de l’informatique à l’université Paris 8 de Saint Denis.
Quelles étaient vos motivations au moment du choix
J’étais très intéressé par les technologies en général; je sortais d’une prépa technique, je ne voulais pas lâcher la technologie en général , en choisissant un DEUG MIAS cela m’a permis de continuer sur une formation technologique et la suite professionnelle m’a conforté dans l’informatique. J’ai eu un coup de foudre un petit moment avec la robotique, mais ce sont les aléas de la vie professionnelle qui ont fait que je me suis spécialisé en informatique. Quand on cherchait des informaticiens je cherchais du travail; c’était en 1998. En 1998 1999 il fallait des ingénieurs systèmes, il fallait des développeurs et du coup.
Est-ce que le travail ou les études en informatique ont répondu à vos attentes ?
C’est un peu particulier parce que quand on s’en fait une idée quand on est jeune on pense que l’on va devenir des super hackeur, qui vont penser pouvoir nager comme un poisson dans l’eau dans les entrailles d’un ordinateur et de l’Internet (à l’époque c’était les ordinateurs) ou des alors des programmeurs qui vont coder du jeu et des interfaces graphiques incroyables. Mais en fin de compte à l’époque il y avait besoin de quelques programmeurs de jeux mais il y avait surtout besoin d’administrateurs systèmes et de programmeurs de sites Web. Donc je me suis retrouvé à faire du développement, que j’aimais bien aussi mais pour des objectifs beaucoup moins ludiques, à savoir des moteurs de sites web dynamiques, administrer des serveurs. Donc des choses un peu moins classe, un peu moins dans l’idée que je pouvais m’en faire quelques années plus tôt, mais cela avait une autre complexité qui était elle aussi insoupçonnée mais qui était néanmoins intéressante.
Par rapport aux autres professions, est ce que vous pensez que la profession informatique est bien « lotie » ?
Aujourd’hui en 2015 je ne sais pas trop, mais après je fait partie des gens qui n’ont pas connu la naissance de l’informatique. Quand je suis arrivé sur le marché du travail c’était l’explosion avec le démarrage des startups; on ne se posait pas de questions, il n’y avait pas de doute, il fallait des informaticiens et c’était assez facile de dégoter un boulot. Du coup oui l’informatique était assez bien lotie. Aujourd’hui cela a peut être un peu changé. Les DRH savent un peu mieux ce que c’est, ils savent un peu mieux ce qu’ils font, ils savent un peu mieux comment il faut les payer ou pas. Je pense que l’on trouve de tout, les gens qui ont des diplômes d’ingénieur ou les gens qui ont des diplômes de programmation bien spécifiques sont très bien lotis, ceux qui ont des formations « qui leur permettent de » mais pour lesquelles ce n’est pas forcément garanti par le diplôme ne sont pas forcément bien loties. Ces personnes vont faire de l’informatique mais des taches sans grande valeur ajoutée. Maintenant je sorti du monde de l’entreprise avec des gens autour de moi depuis environ 7 ans alors je ne suis pas forcément le mieux placé pour répondre à cette question.
La répartition homme-femmme dans les professions informatiques
Est-ce que vous pensez qu’il y a une particularité de la profession informatique sur la question de la parité hommes-femmes ?
Oui je pense qu’on est clairement dans la lignée des professions technologiques ou l’on trouve clairement une surreprésentation des hommes par rapport aux femmes. C’est peu être en train de changer mais il y a toujours une prédominance masculine. De manière anecdotique je suis allé 2 ou 3 fois à des salons étudiants cette année avec mes enfants qui passent le bac cette année pour voir un peu ce qu’ils pourraient faire. Et cela reste une évidence aujourd’hui sur les stands, a côté des métiers de la santé ou l’on voit 80 pour cent de femmes, on voit les professions techniques ou l’on voit 80 pour cent de garçons, même si on voit quelques filles. D’ailleurs on a l’impression que sur les stands d’ingénieur ils ont fait attention à ce qu’il y ait des filles aussi qui soient là alors que l’on sait très bien que ce n’est pas complètement naturel.
Est-ce que vous avez une explication ?
Pourquoi ? Je pense qu’il y a probablement une image sociale, mais il y a peut être aussi l’idée que c’est assez masculin de passer du temps devant un écran, c’est assez masculin de passer du temps devant des jeux vidéos, finalement c’est peut être la base, même si moi personnellement je n’ai pas passé beaucoup de temps devant les jeux vidéos. Mais cela peut être la base de l’explication sur le fait que c’est un métier assez masculin.
Est-ce que vous pensez que cela serait mieux autrement ?
C’est difficile de répondre à cette question, d’un point de vue purement professionnel cela ne changerait probablement pas grand chose, j’ai remarqué qu’on les retrouve plus dans les métiers de webmaster. Elles se positionnent plus dans les métiers ou il y a beaucoup de visuels. J’ai beaucoup d’interlocutrices qui sont chargée d’administrer, de gérer des sites web; les femmes disparaissent dès qu’il s’agit de rentrer dans les couches basses. Après est ce que c’est un gain ou pas je ne sais pas. Évidemment socialement parlant, dans l’environnement informatique, je pense que cela ferait du bien à tout le monde si il y avait plus de femmes.
L’age des informaticiens
Est-ce que vous pensez que l’on peut rester informaticien longtemps ?
Probablement mais ensuite la vraie question, c’est qu’est ce que c’est qu’un informaticien ? Je pense que l’on évolue , l’informatique c’est un domaine extrêmement vaste, je me suis orienté vers l’administration système par nécessité notamment. Je ne sais pas si c’est très sain de continuer à être administrateur système pendant 20 ans. Par contre, je ne doute pas que les gens qui sont dans le développement puissent faire du développement pendant très très longtemps parce que je pense que c’est un métier qui est vraiment gratifiant, qui tire vers le haut intellectuellement. On est amené à régler des problèmes et la technologie évoluant on ne tourne pas en rond sur les mêmes sujets . La vraie question c’est qu’est ce qu’on fait d’autre si on arrête ?
Chef de projet.
Cela ne va pas aller si on a des générations de chefs de projet.
Oui chef de projet ce n’est pas le schéma unique, mais globalement on peut penser que les informaticiens vont s’orienter vers des postes moins techniques, plus fonctionnels, ou de management. C’est certain il y a plusieurs voies, il y en a qui montent des restaurants.
Le domaine étant tellement vaste en informatique, finalement tant qu’on en fait même si on a du mal à rester ouvert sur tous les nouveaux domaines, on gagne toujours de l’expérience, ne serait que la capacité de savoir combien de temps cela va prendre, on maitrise les tenant et les aboutissant en terme de temps, c’est bénéfique au métier de chef de projet. Moi j’ai été chef de projet à 25 ans et je me rend compte qu’aujourd’hui, 15 ans après, je serai bien meilleur.