Un informaticien, des informaticiens
L’informaticien existe-t-il
L’informaticien dans la grande organisation
Y-a-t-il quelque chose de commun entre tous les informaticiens
La « ligne de partage » entre la production et les études
Etudes ou production, ou est la différence ?
Y-a-t-il une prédisposition aux études ou à la production ?
Un informaticien, des informaticiens ?
L’informaticien existe-t-il ?
Comme mentionné à la fin du second chapitre, il est devenu difficile de décrire ce que pourrait être l’informaticien « tout court », étant donné le développement des systèmes informatiques, avec la spécialisation induite des métiers de l’informatique.
En ce qui me concerne, je me sens vraiment souvent informaticien dans le regard des autres… et en particulier quand j’aide mon beau-père à résoudre ses problèmes. Il utilise l’informatique depuis plus de 13 ans, et dans ses yeux je me retrouve un peu « Superman informaticien ».
Mon beau père bloque de temps en temps sur sa messagerie, des problèmes de connexion wifi, il télécharge assez régulièrement des programmes qui ajoutent différentes formes de virus sur son ordinateur, tous les 3 à 4 ans il change de poste, alors il faut tout reconfigurer… et dans ces circonstances pour mon beau père je suis l’homme de la situation, et quand il me parle ses problèmes informatiques, j’ai parfois l’impression que je suis à la source de ces problèmes..
Ce schéma illustre la perception de l’informaticien et de la « sphère informatique ».
L’informaticien dans la grande organisation
Peut on transposer cela au schéma de la grande organisation ?
Dans une grande organisation vous avez, pour résoudre vos problèmes, quelques dizaines d’informaticiens à votre service, chacun pouvant résoudre certains types de problèmes..
Celui qui connaît les rouages de l’informatique, pourra voir une distinction entre les différents intervenants, le poste client, le réseau, le(les) serveurs, on peut l’appeler « super utilisateur »
Comme il n’est pas évident de comprendre cette relative complexité, on cache souvent la complexité de « l’informatique » avec une personne chargée de traiter les demandes les plus courantes et de passer le relais en cas de problème plus complexe..
Voilà donc notre informaticien, le chainon manquant entre l’informatique et les utilisateurs, et cela correspond au « Chargé de support technique » (avec ce que l’on appelle également le « support de premier niveau ») qui fait l’objet du chapitre VIII.
Dans une organisation de petite taille, on verra souvent un informaticien s’occuper de toute « l’informatique », on peut l’appeler « informaticien unique », ou bien « informaticien polyvalent » …
Pour une plongée dans l’univers de l’informaticien « unique » , nous vous proposons de lire « une journée de l’informaticien unique ».
Y-a-t-il quelque chose de commun entre tous les informaticiens ?
Travailler en informatique, c’est pour beaucoup synonyme d’avoir les yeux rivés sur l’écran presque toute la journée.. Il faut avoir une grande capacité de concentration.
Travailler en informatique, c’est être un roi de la solution, le bon informaticien est un ‘problem solver’, un créateur de solutions… l’informatique est un nid de problèmes et un tonneau de solutions en mouvement permanent.
Travailler en informatique, c’est faire face à l’émergence récurrente de nouvelles techniques, cela oblige les informaticiens à se remettre en cause et à réapprendre en permanence. A chaque fois qu’un nouveau matériel est livré, il est souvent différent du (des) matériels précédents, on doit « revoir sa copie » sans arrêt. Il y a donc une exigence supplémentaire : « L’informaticien doit déployer une énergie considérable pour améliorer sa compréhension sur les nombreux sujets qui sont nécessaire à la pratique de sa fonction. »
Travailler en informatique, c’est travailler dans un monde ayant tendance à la déshumanisation, un monde dur, ou sec. C’est le côté binaire de la chose, quand cela marche ça marche, quand cela ne marche pas cela ne marche pas…Cela promeut un vision âpre du monde, sans nuance, efficace ; l’informatique c’est une mécanique qui relègue les jugements, les sentiments, les nuances…
Un architecte, un botaniste et un informaticien discutent de l’origine du monde, le botaniste développe son point de vue :
« nous les botanistes nous sommes le premier métier au monde, parce que le créateur, après le big bang, pour commencer, il avait besoin d’un botaniste … »
L’architecte répond..« attends un peu, le créateur, pour organiser les planètes, les montagnes, les océans, de qui crois tu qu’il avait besoin ? D’un architecte … C’est nous le premier métier du monde »
« et le big bang, le créateur, vous pensez qu’il a été fait avec qui ? » réplique l’informaticien…
Dans la typologie de Holland la quasi-totalité des métiers associés à l’informatique sont de profil Investigateur et/ou Réaliste (d’ailleurs statistiquement ces deux types sont souvent corrélés).
Le type Investigateur: Doté d’une grande curiosité intellectuelle, sa soif de connaissance s’accompagne d’une faculté d’analyse et d’interprétation des faits. Il aime solliciter sa logique et son esprit de déduction. Il s’agit souvent d’un technicien, n’hésitant pas à repousser les limites de son art en expérimentant des constructions intellectuelles pointues.
Le type réaliste : Les individus de type Réaliste sont fortement ancrés dans le concret. Habiles et minutieux, les Réalistes témoignent d’une grande efficacité dans les travaux manuels comme le bricolage. Le Réaliste est également un sportif dans l’âme, capable par sa persévérance et son endurance physique d’améliorer ses performances de façon constante.
La prédominance de ces deux aptitudes (réalise, investigateur) s’appliquent à beaucoup d’emplois à dominance technique : radiesthésiste, échographiste, électricien, mécanicien, chimiste….
La « ligne de partage » entre la production et les études
On peut aller loin dans la spécialisation des informaticiens. Comme le nombre d’informaticiens augmente et que le nombre de techniques disponibles augmente également, on peut avoir le sentiment que la spécialisation se développe à l’infini…
On peut se demander, dans ce processus de spécialisation, quelle est la première ?
De même que dans la restauration il existe deux principaux métiers, à savoir le service de table et les cuisines ; en informatique on a deux métiers.. Dès que les organisations atteignent une certaine taille, elle s‘ organisent en 2 pôles ; un pole « production » et un « pole études » .
Le pole « production » s’occupe des infrastructures (le matériel et les systèmes d’exploitation) et le pôle « études » s’occupe quand à lui de créer et maintenir les logiciels spécifiques à l’entreprise (logiciels de compta, gestion de magasin, suivi des stocks, site Internet)…
Etudes ou production, ou est la différence ?
Y a t’il une différence de nature entre le travail en production et le travail aux études ?
C’est un peu la même différence que l’on retrouve dans les deux expressions anglaises qui désignent le matériel est le logiciel : hardware et software.
D’un côté tout ce qui est matériel est associé à l’adjectif hard, qui veut dire dur en français, du côté du matériel on travaille avec des éléments qui sont tangibles, que l’on peu matérialiser et qui suivent des contraintes et des principes stricts.
De l’autre côté pour désigner le logiciel, on utilise le terme soft que l’on peut traduire par « mou » ou par « souple », tout ce qui est associé au logiciel est plus adaptable, versatile, on est dans un univers relativement moins contraint.
En terme de démarche intellectuelle, dans le métier de la production une part plus grande du temps sera consacrée à l’observation et à l’analyse, alors que dans les études on se trouvera plus dans une démarche de construction.
On peut faire un parallèle avec l’épreuve d’histoire-géographie au baccalauréat en France, organisée autour de deux exercices :
L’analyse de texte : en partant d’un texte il est demandé de rédiger une lecture critique du document : Quelle est sa portée ? Quelles sont ses limites ? Le sujet s’exprime en une quarantaine de lignes.
La composition : il est demandé de rédiger une argumentaire construit autour d’une problématique, le sujet s’exprime en quelques 2 à 4 lignes.
L’analyse de texte est un exercice qui correspond plus à la démarche intellectuelle des « exploitants », en production tout exercice est rigoureusement lié à une analyse de la configuration des systèmes et à une analyse des faits.
La composition se rapproche plus de la démarche intellectuelle des développeurs, dans le métier des études l’analyse de l’existant est souvent « réduite » par rapport à la réalisation des développements.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/bac-lycee/article/2015/05/19/bac-comment-reussir-l-epreuve-d-histoire-geo_4636420_4401499.html#o7cq7qG68vhBE12d.99
Hard(ware) | Soft(ware) | |
Ce que l’on gère | Le matériel, le réseau, les infrastructures. | Le logiciel, les processus de l’organisation. |
Métier | Production, exploitation | Etude, développement |
Univers | Réglé, organisé, contraint | Réglé, organisé, souple |
Poste de référence | Ingénieur système et réseau | Analyste programmeur |
Autres postes | Support technique
DBA |
Ingénieur progiciel
|
Poste d’encadrement | Chef de projet infrastructures
Directeur d’exploitation |
Chef de projet développement
Directeur des études |
Il existe des postes « entre les deux univers, inclassables.. Le Webmaster, poste charnière entre le marketing et la technique, ne trouve pas sa place les 2 pôles cités.
Y-a-t-il une prédisposition aux études ou à la production ?
En terme de caractère, qu’est ce qui pourrait prédestiner à l’un ou l’autre des métiers de l’informatique ?
D’abord il faut préciser que la prédisposition liée au caractère est faible entre ces deux métiers… Pour reprendre notre analogie avec les 2 métiers de la restauration, il y a beaucoup plus de différences entre les caractères des « serveurs » et des « cuisiniers » qu’il n’y a de différence entre celui les « exploitants » et les « développeurs ».
Ce sont souvent les circonstances qui vont faire qu’un informaticien va démarrer dans un métier ou dans l’autre, sans se poser de questions. Et c’est seulement au bout d’un certain temps qu’ils se sont rendu compte de l’existence d’un autre métier de l’informatique.
Production, exploitation | Etude, développement | |
Trait commun | Investigateur, une forte motivation Intrinsèque | |
Ce qui les distingue | Réalisme | Créativité |
La production s’applique à des tempéraments courageux, qui aiment la vision d’un monde réglé et sécurisé.
Travailler dans la réalisation de programmes informatiques, cela convient bien à des caractères plus créatifs et indépendants, qui se plaisent moins dans un monde trop contraint
Pour finir et résumer, on peut revenir à la dichotomie entre le « dur » et le « mou », que l’on retrouve dans les sciences :
Sciences dures : physique, chimie..
Science molles : économie, sociologie, psychologie..
L’informatique n’est pas une science, c’est une technique, et bien c’est définitivement une technique dure. L’informatique ne fait pas dans la dentelle, mais on trouve néanmoins dans les différents métiers de l’informatique une certaine variété de postes qui vont permettre à chacun de «trouver chaussure à leur pied».