Introduction

L’informaticien en première approximation

Définir l’informaticien, mission impossible?

 Trop de changements, trop de révolutions, peut-on suivre

 Trop de spécialités, trop de techniques différentes à appréhender

 Quand un chat ne s’appelle plus un chat

Quand l’informatique n’est pas sympathique

 Un monde de Geeks, à la limite de l’autisme

 Un monde d’abstraction, un combat contre des fantômes

 Un milieu violent et sans pitié

 Une profession qui fait peur aux femmes

L’objectif de cette étude, mieux comprendre les informaticien

 L’informatique fait maintenant partie du monde

 Finalement l’informaticien existe-t-il ?

 

 

L’informaticien en première approximation

 

L’informaticien est un mystère pour beaucoup.

Pourquoi travaille-t-il ? Que fait-il ? Pourquoi le paye-t-on ?

Même ceux qui ont nié l’importance de l’informatique doivent se rendre à la réalité : l’informatique a débordé massivement sur notre quotidien ; le secteur de l’informatique emploie de plus en plus de personnes (une moyenne de création de 9000 nouveaux emplois tous les ans en France ces dix dernières années).

Voilà donc le vaste sujet de l’étude…

 

Définir l’informaticien, mission impossible ?

Trop de changements, trop de révolutions, peut-on suivre ?

 

L’informaticien est à la fois proche de la machine et interprète entre les humains et les ordinateurs. Depuis le début de l’informatique, les innovations font le miel de des informaticiens, une bonne partie de leur travail trouve sa justification dans le recours à des technologies innovantes, les innovations constitue le moteur principal du secteur, et les informaticiens sont mobilisés pour accompagner les innovations et les « mettre en musique ».

 

L’informatique regroupe un ensemble technologies qui changent et remplacent les unes les autres rapidement. L’augmentation de la puissance des machines, l’inventivité des concepteurs de matériels et logiciel, ouvrent régulièrement des voies nouvelles.

 

Parfois plus troublant, certaines avancées ne sont plus conçues en partant d’une critique de l’existant, mais « ex nihilo »

Voyez c’est très poreux, il y a d’un côté les gens qui font les langages à la Python qui ignorent complètement 50 ans de recherche avant eux…  mais qui font des trucs pas idiots du tout, parce que si les gens aiment bien Python c’est qu’il y a vraiment des bonnes raisons.. Et il y a des gens qui font exactement l’inverse, c’est à dire qu’ils s’attaquent à des grands problèmes de mathématiques ….

 Citation de Gérard Berry, dans le cours sur les langages informatiques du collège de France.

 

Les innovations émergent avec de nouveaux domaines d’applications, des promesses de lendemains qui chantent, de gains de productivité et des économies substantielles… Voici pour exemple deux de ces innovations/révolutions.

Innovation Début / Généralisation Promesse Impact
Développement d’applications pour terminaux mobiles 1990 / 2008

 

L’informatique dans la poche avec les smartphones. Accompagner les humains dans tous leurs mouvements Nouveau domaine d’utilisation.

Nouvelle ergonomie.

Nouveaux langages (objective-c ..)

Le déploiement de serveurs cloud 2002 / 2013 Installations des serveurs sans se soucier de l’achat d’une machine « physique », les organisations louent de la puissance de calcul au jour le jour. Réorganisation de la gestion des serveurs dans les entreprises.

Mise à disposition de ces nouveaux services par Internet

 

L’attrait de la nouveauté et des gains futurs de productivité motivent les investissements d’aujourd’hui… A chaque fois qu’une nouvelle technologie émerge, cela crée une demande importante pour des informaticiens ayant la spécialité demandée… Comme peu de personnes sont formées dessus les salaires s’envolent, les employeurs se disputent les profils rares.

Une certitude pour les informaticiens : s’il n’étend pas son domaine de compétence, il va se retrouver tôt ou tard sans travail : il est certain que ce qui le fait vivre aujourd’hui ne le fera pas vivre dans 10 ans.

 

Le conseil aussi c’est surtout de suivre ce qui se fait, de se documenter, il faut prendre un peu de temps pour faire de la veille.

Je pense que si on est juste réactif, c’est-à-dire se décider de travailler sur de nouvelles technologies que si on a un nouveau projet… ce n’est pas la bonne approche.

Il faut plutôt essayer de suivre les technologies majeures, au moins avoir un vernis, et ensuite essayer de rentrer dedans et essayer de comprendre.

Extrait de l’interview de Vincent S

 

Trop de spécialités, trop de techniques différentes à appréhender

Les révolutions de l’informatique ne vont pas « effacer » ou « rendre caduque » les anciennes techniques de travail. Dans les faits les technologies se côtoient et les entreprises ne peuvent pas abandonner leurs outils et leurs systèmes aussi vite que les technologies changent.

On se retrouve donc avec une accumulation de besoins et de compétences différentes en informatique.

Vous ne trouverez aucune annonce ayant pour titre : « recherche informaticien », le poste n’existe pas de façon aussi simple, il est décliné suivant des spécialités.

Le Syntec (regroupe des syndicats professionnels spécialisés dans les professions de l’ingénierie, du numérique…) défini une cartographie des métiers du numérique ; dont voici un extrait :

 

Offre de service : Chef de produit/services ; Consultant métier ; Responsable des usages du numérique ; Formateur

Conception : Architecte Logiciel ; Concepteur ; Ergonome ; Consultant technique ; Webdesigner

Développement et test : Développeur ; Intégrateur progiciel ; Analyste test et validation ; Chargé de référencement

Mise en production / Exploitation probatoire : Intégrateur d’exploitation ; Administrateur d’infrastructure ; Consultant systèmes et réseaux ; Administrateur base de données

Exploitation / Amélioration continue : Responsable support ; Analyste d’exploitation ; Conseiller support technique ; Data Scientist ; Expert Technique ; Géomaticien

Extrait de la cartographie des métiers du Syntec

Mais quand on consulte les annonces d’emploi ; il y a pléthore de définitions différentes de postes en informatique, qui ne se recoupent pas avec la cartographie des métiers du Synthec.

Voici quelques descriptions de postes collectées sur un site de publication d’annonces d’emplois :

  • Architecte Infrastructure
  • Développeur PHP et Cms
  • Scrum Master
  • Expert J2ee / Nosql / Big Data
  • Administrateur Middleware
  • [ …]

On voit, dans ces annonces, que les informaticiens se déclinent par leur environnement de travail (Java, PHP, Middleware.) et par leur rôle (Architecte, Administrateur …) ; la classification du Synthec reprends uniquement les rôles des informaticiens, mais les annonces de poste font référence aux technologies, et aux environnements de travail, en plus des rôles (administrateurs, programmeur).. Ce qui rend le tout peu lisible.

On peut se demander pourquoi tout le monde s’entête à noyer le poisson, à inventer des nouvelles descriptions de postes… et, pour tous ceux qui ne connaissent pas le secteur c’est assez déroutant.

En fin de compte on ne recrute pas des informaticiens mais une galaxie de profils très spécialisés, pour ceux qui ne connaissent pas le jargon informatique, c’est du chinois …

Dans le secteur du bâtiment a contrario, les techniques changent certes, mais elles ne changent pas tous les ans, un « conducteur de travaux » cela se conçoit de la même façon aujourd’hui qu’avant… La cause de cette inflation des nombres de poste en informatique est d’abord la cohabitation d’une grande variété de systèmes et de langages.

 

Quand un chat ne s’appelle plus un chat

Il y a des effets de mode qui parcourent le milieu informatique, on peut parler « d’actualité éditoriale ». Cette propension à donner une visibilité accrue à une question (et parfois plusieurs en parallèle) se prête bien à l’informatique car l’innovation est l’essence même de l’informatique.

Parfois l’actualité éditoriale dépasse le milieu de l’informatique. Comme « l’art du codage », qui a été poussé par l’intelligiencia et quelques politiciens, de l’idée que si les jeunes générations apprenaient à coder, cela les préparerait à l’avenir et rendrai notre pays capable de compter dans le monde du numérique.

Lors de sa cinquième conférence de presse, François Hollande a réaffirmé sa volonté d’inscrire l’enseignement du numérique à l’école et a annoncé la création d’une grande école du numérique.

« in code we trust », c’est notre devise, aime à répéter Frédéric Bardeau, le cofondateur de l’école 42.

Actualité du 6 février 2015, exemple d’une actualité éditoriale, autour du concept du codage, et la fondation de l’école 42.

Pendant quelques mois, quelques années, une idée ou une technologie se retrouve sous le feu des projecteurs, les journalistes s’en font écho et certains intitulés de poste suivent le mouvement.  Dans l’élan de l’actualité sur la promotion du codage, le mot « coder » a remplacé « programmer »;  on pense faire du neuf, mais on ne fait que reprendre un anglicisme.

Quelques annonces de recrutement se sont mises à l’unisson en parlant de codeur plutôt que développeur ou programmeur.

Les actualités éditoriales résonnent comme la suggestion d’une lame fond qui va transformer, grâce à ceux qui l’auront compris, la portée de l’informatique. Elle se diffusent avec des néologismes qui complètent le « jargon informatique » des sachants… Ces néologismes se développe souvent autour d’anglicismes et d’acronymes qui ne sont pas explicités, ils résonnent comme des « mots magiques » (buz words) que l’on entend à foison dans les communiqués de presse,  les interviews des dirigeants d’entreprise.

En voici quelques-unes de ces « actualités éditoriales » remontées depuis la dernière décennie, et les intitulés de postes qu’il ont créés :

Concept Description / promesse. Nouveaux / anciens Intitulés de poste
Transformation digitale Depuis la généralisation d’Internet et des terminaux mobiles(en 2010), toutes les entreprises qui doivent rester dans le coup doivent engager leur « transformation digitale », revoir leurs approche client en fonction du « digital » .

L’anglicisme « digital », désigne l’informatique.

Chargé de Transformation digitale (DSI)

Change Manager

Big Data En 2010 cette conscience de l’existence de quantités d’information énormes a été popularisée par l’expression « big data ».

L’idée que ces montagnes d’information ne sont pas exploitées par les entreprises, en exploitant mieux leurs informations « en masse », les entreprises seront capables d’anticiper les tendances de leur marché.

L’anglicisme « Data », désigne « informations »

Data Scientist (Administrateur de base de données)

Data Analyst

(Analyste des données)

RGPD En juin 2018, dans la suite des révélations de l’exploitation des données personnelles de Facebook ; la loi a été durcie et on a donné un large écho à cet aspect de la confidentialité des informations.

Data Protection Officer est la traduction anglaise de Délégué à la protection des données

DPO (Data Protection Officer)
Scrum Dans le courant des méthodes de développement agiles, la méthode Scrum s’est démarquée.

Le manifeste des méthodes « agiles » est de 2001, en France la méthode SCRUM  s’est popularisée à partir de 2012

Scrum Master (Chef de projet)

 

Quand l’informatique n’est pas sympathique

Un monde de Geeks, à la limite de l’autisme

Une des videos les plus populaire du web est une satire de l’ingénieur informaticien, elle a été publiée en 2000 par un étudiant ingénieur informaticien…

 

Ingénieur informaticien

Je suis ingénieur informaticien…en en

J’aime les ordinateu…reu

Widows 98 …

Ingénieur informaticien

Je suis ingénieur informaticiieeeennnn

Windows 98 …

Ingénieur informaticien, recherche une femme désespérément, je recherche une fille, un rat une mouche , une culotte élastique jetable

Je cherche un homme un chien, une vache une tourterelle.

[…]

Windows 98 est beaucoup mieux que Windows 95, et le débogeur .. et…

Extrait de la chanson « ingénieur informaticien » de Michel l’ingénieur informaticien.

Cette chanson caricaturale décalée, montre bien les travers des informaticiens, et la cause de leur isolement.

Le ton est donné d’emblée, l’ingénieur est un idiot, il aime l’ordinateur, dans sa façon dont il l’exprime on montre que cet amour est pathologique, un transfert .. En voilà un qui est assez idiot pour aimer une machine..

Lequel de Windows 95 ou Windows 98 est le meilleur ? voilà la question sur laquelle il boucle..

Son amour de l’informatique le rend maladroit dans ses relations avec autrui, il est incapable de nouer des relations et se déclare en manque (je cherche une femme,… un homme …)

Une passion sans limite de temps ou d’espace :

Les informaticiens peuvent spéculer sans arrêt sur la matière informatique, il se trouvent une infinité de problèmes à optimiser dans un monde sans fin.

La passion informatique a ceci de particulier, c’est qu’une fois l’achat de l’ordinateur réalisé, l’informaticien peut avancer dans ses recherches et expérimentations en tout genre sans coût additionnel.

Comparons la passion informatique à la passion de l’automobile : on conçoit facilement que le passionné d’automobile sera rapidement contraint dans l’exercice de sa passion…  D’abord par le prix des voitures, puis par l’espace que les voitures occupent chez lui. Rien de comparable chez l’informaticien ; son ordinateur occupe une petite place, et tout se fait sur une seule été même machine…

La passion de l’informatique n’a que deux limites : le temps de l’informaticien et la santé de l’informaticien…

J’étais sur un projet et je prenais beaucoup de plaisir à travailler là où j’étais, l’intensité était tellement forte pour livrer que finalement ça posait un problème de santé..

Extrait de l’interview de Patrick M 

Dans son for intérieur l’informaticien est touché par une passion qui ne laisse plus de place pour une autre recherche de plaisir ?   Aller au restaurant, regarder un film au cinéma, organiser une promenade, activités qui ne vont pas procurer à l’informaticien un plaisir comparable à celui que lui procure l’informatique.  C’est en cela que la passion de l’informaticien peut se comparer à un trouble autistique : l’informaticien qui assouvi sa passion n’est en manque de rien…il n’a pas conscience que sa passion l’isole…

Une tension créatrice, un défi permanent

La frénésie de l’expérimentation et la recherche de solutions a été décrite par Boris Vian dans la chanson ;  « la Java des bombes atomiques ».

 

Mon oncle, un fameux bricoleur

Faisait en amateur des bombes atomiques

[…]

Il s’enfermait toute la journée

Au fond de son atelier, pour faire ses expériences

[…]

Quand il déjeunait avec nous

Il dévorait d’un coup sa soupe au vermicelle

[…]

En c’qui concerne la bombe H

C’est pas beaucoup plus vache

Mais une chose me tourmente

C’est qu’celles de ma fabrication

N’ont qu’un rayon d’action

De 3m50

Y a quelque chose qui cloche là-dedans

J’y retourne immédiatement

[…]

 

Extrait de « la Java des bombes atomiques » de Boris Vian.

En informatique, ce qui rend le processus de création/expérimentation à ce point excitant, c’est la rapidité entre la conception d’une solution, son test et sa réalisation.

Les conjoints d’informaticiens sont les premiers à déplorer ce comportement de l’informaticien passionné.

Est-ce qu’un jour les informaticiens arrêteront de jouer toute une nuit alors qu’ils vivent avec qqun ?

Bon, c’est vrai, pendant ce temps-là je me dis qu’il ne traîne pas dans les bars avec des copains !!

Par moment je me dis qu’ils sont fait pour vivre seuls …

Témoignage de Telly sur le forum aufeminin.com

 

La cyberaddiction, et les conséquences de l’utilisation compulsive de l’ordinateur

Depuis l’an 2000, le développement de l’utilisation d’Internet et des smartphones ont induit de nouvelles addictions, que l’on appelle « cyber addiction »,:

  • Les jeux videos en ligne ;
  • Les réseaux sociaux ;
  • Les jeux d’argent en ligne ;
  • La pornographie ;
  • Les achats en ligne.

La cyberaddiction touche plutôt les jeunes (13-17 (73%), 18-24 (71%), 25-34 (59%), 35-44 (54%), 45-54 (40%), 55-64 (39%), et  64+ (44%)) ;

(source  gitnux blog)

Les jeux en ligne ont le plus de succès avec 2,3 milliards d’utilisateurs ; les utilisateurs compulsifs de ces jeux videos sont plutôt des garçons des garçons : 47% des jeunes garçons déclarent passer trop de temps avec les jeux vidéo, contre 12% des jeunes fille).

En juin 2022 l’OMS a classé l’addiction aux jeux videos comme une maladie, la pratique excessive du jeu vidéo touche 1 à 5 pour cent des joueurs. Les symptômes associés sont :

  • Troubles du sommeil ;
  • Anxiété ;
  • Colères inexpliquées ;
  • Tristesse ;

En conclusion, on voit que l’utilisation de l’ordinateur s’est accélérée avec l’arrivée de l’Internet, elle prend une importance telle que cela présente un danger pour ses adeptes les plus vulnérables.

L’image du « geek » se cofond avec l’image du « gamer »

L’ordinateur a gardé la même architecture, il a gagné en puissance, mais avec l’Internet, les jeux videos, le multimédia, on a décuplé le nombre de geeks…

Avant la déferlante Internet, l’utilisation de l’ordinateur était plus rare et demandait un investissement intellectuel. Avant de pouvoir utiliser un ordinateur, il fallait comprendre un certain de nombre de concepts ; il fallait éplucher des guides utilisateurs, l’aide en ligne, lire des revues. ; la montée en compétence de l’utilisateur pouvait prendre un certain temps. La situation a bien changé, des enfants sont capables d’utiliser des tablettes sans même savoir lire.

Comment pourrait-on expliquer à un enfant de 8 ans que ses parents et ses grands-parents pouvaient s’intéresser à un écran vert et muet, qui renvoyait un curseur clignotant au démarrage ?

Maintenant celui qui reste derrière son écran deviens un geek dans certains jeux, c’est un «gamer ». Pour le « gamer », l’ordinateur est d’abord une console de jeu.

Alors le « geek en informatique » a-t-il disparu ? Non, les passions « geeks » ne sont pas exclusives, elles naissent, elles s’enchainent sans remplacer les autres passions geek… Disons qu’il y a des centaines de nouvelle façon d’être « geek » avec un ordinateur ou avec un smartphone aujourd’hui.

 

Un monde d’abstraction, un combat contre des fantômes

 

Le produit de l’informaticien n’est ni explicite, ni quantifiable… pour un boulanger il est simple d’expliquer à ses proches ce qu’il fait de ses journées, il peut dénombrer les produits de la journée (pains, pâtisseries, viennoiseries…), l’informaticien de son côté ne traitre que de l’information. Il pourra dire à son conjoint : « j’ai passé une semaine à rassembler des informations pour rendre possible le calcul d’un indice »… la méthode et l’effort mis en œuvre ne seront pas très parlant.

Cette particularité de la science informatique, ou la chose produite reste immatérielle, a eu pour effet un sous-investissement notable dans le secteur depuis des décennies en Europe. Les informations ont une valeur, mais comme on ne peut pas les toucher ….

Le résultat tout net de ça est que l’informatique n’est vue que comme un outil, ce qui nous met directement dans les mains des USA et de l’Asie. Et après on se plaint des GAFA ! Eh bien oui, c’est un choix que l’on a fait explicitement, en surdité de cause. Les GAFA ont été créés il y a fort longtemps, Google data, je ne sais plus, en 1997. Ils ont toujours dit qu’ils allaient nous piquer les données. Ils ont toujours été totalement honnêtes là-dessus. Maintenant, on râle parce qu’ils nous piquent nos données alors que ça fait juste 20 ans qu’ils le disent […]

Extrait de l’éducation à l’informatique, leçon de Gérard Berry au Collège de France

L’informaticien crée de l’amélioration des systèmes, de la transformation de données .. de l’optimisation du stockage d’information.  Les scripts, les lignes de code sont les produits intermédiaires des heures qu’il passe devant son écran…Pour un non-informaticien c’est du chinois.

On se représente mal ce que rapporte l’informaticien, mais paradoxalement on se représente bien ce que coutent les blocages, les plantages informatiques… à la suite d’une grande panne des serveurs de la société St Gobain, voici une annonce du directeur

Nous avons perdu 200 millions d’Euros de chiffre d’affaires suite à ce problème informatique ; nous allons tout mettre en œuvre dans les prochaines semaines pour que cela ne se reproduise plus.

Citation de Pierre-André de Chalendar, en 2017

Dans les jeux videos en ligne, la notion de « monde virtuel » est poussée au plus loin, les joueurs changent de nom, choisissent des costumes de guerre, ils parcourent des mondes ou ils combattent avec une fratrie contre des ennemis. Depuis peu les jeux font même vivre le monde virtuel quand les joueurs ne sont plus derrière l’ordinateur.

L’informaticien se bat contre des moulins

Dans le roman « Don Quichotte » de l’auteur espagnol Cervantes, le héros est un noble sans fortune, flanqué d’un cheval mal nourri et d’un domestique crédule ; il a l’esprit encombré par les romans de chevalerie ; il se voit comme un sauveur, gardien du bien, il rêve de terrasser des géants.

Lors d’un déplacement, il tombe face à un grand espace où se trouve plusieurs dizaines de moulins à vent dont les pales tournent inlassablement sous l’intensité du vent dominant. Le sang de Don Quichotte, ne fait qu’un tour car il ne voyait là que des géants agressifs agitant leurs bras, et il se met à éperonner les moulins à vent.

A l’instar de Don Quichotte, l’informaticien travaille et vit dans une forme de fiction, ses combats ont des objectifs abstraits. Cela peut créer un sentiment de vide, une difficulté à trouver un sens a son travail, comme exprimée un par un informaticien.

On peut toujours se dire, est ce que finalement je ne ferai pas mieux d’aller courir ou d’aller faire du vélo ou aller au théâtre…  ou de faire n’importe quoi d’autre que d’aller résoudre un problème  sur un écran noir avec des caractères minuscules en blanc et à chercher sans arrêt alors qu’il n’y a rien de gratifiant à faire cela. Mais qu’on y ait passé dix minutes ou 2 jours à faire cela ne se voit pas.

Extrait de l’interview de Theo V.

Mais ce sont les gens qui côtoient les informaticiens qui s’interrogent sur la nature de leurs occupations ou de leur production

Combien pèse un programme ?

Harell travaillait avec les pilotes il faisait des programmes de vol de l’avion.

Dans tout programme de développement d’avion, il y a une personne qui était la personne chargée du poids, la personne en charge d’alléger l’avion.

Il demandait sans cesse à Harrel: « Combien pèse votre programme ? « , et Harell répondait « il ne pèse rien »…

[..]

Voilà qu’un jour l’homme du poids voit descendre le mec du programme avec un paquet de cartes.. Et l’homme du poids demande à peser les cartes, l’homme du programme lui dit « mais pour l’avion c’est les trous qui comptent ».

 

Plaidoyer pour les trajectoires non-linéaires, leçon de clôture de Gerard Berry, chercheur en informatique

Voici un autre témoignage, celui d’une femme face à un compagnon « gamer », qui cherche à comprendre pourquoi son compagnon passe tant de temps derrière un écran..

Il s’en rend pas compte et là il est à deux doigts de préférer continuer à jouer plutôt que me retrouver et passer du temps avec moi. c’est quasi fini entre lui et moi, on arrive plus à communiquer

[ ..]

j’ai essayé également de le regarder jouer, de le comprendre, de jouer également mais ça va un moment.

[ ..]

Yanni sur le forum aufeminin.com

Un milieu violent et sans pitié

La violence dans les jeux vidéos

Du fait même de son côté immatériel, l’informatique crée des mondes virtuels qui autorisent tous les excès. La violence qui s’y exprime ne devrait choquer personne, car elle ne laisse pas de traces :  pas de corps blessés, pas de sang sur les murs, pas de voitures retournées … juste quelques images et quelques sons qui sortent des ordinateurs.

Beaucoup de jeux vidéo reproduisent des situations de combat, le but est de tuer des combattants ennemis avec des épées, des armes automatiques, la violence y est exacerbée.

Voici les 10 jeux en ligne les plus populaires, d’après geeksforgeeks.org

  1. PUBG Battlegrouds
  2. Minecraft
  3. Apex Legends
  4. Fortnite Battle Royale
  5. Call of Duty
  6. CrossFire
  7. Dungeon Fighter Online (DFO)
  8. League of Legends
  9. Hearthstone
  10. Splatoon

Dans cette liste des jeux les plus populaires, seuls Minecraft et Splatoon ne sont pas des jeux de combat.

Aujourd’hui des millions joueurs de jeux videos, à l’instar de « Don Quichotte » jouent contre des ennemis virtuels.

Mais les jeux videos ont des moyens d’emprise sur les esprits bien plus puissants que les romans et la télévision :

  • on y vit une histoire dans un réalisme saisissant ;
  • on y est acteur, on prend des décisions, on interagît ;
  • on construit des camaraderies avec des humains dans le monde virtuel ;
  • on y attend des objectifs, on est gratifié…

Au vu de la qualité d’immersion que confèrent les jeux videos, et de la violence qui s’y développe, on peut penser que certains vont prendre les armes « pour de vrai ».

Devant les tueries en masse qui secouent régulièrement les état Unis, Donald Trump sous entent que les jeux videos comme une cause du problème.

Nous devons mettre fin à la glorification de la violence dans notre société. Cela inclut les jeux vidéo horribles et macabres qui sont aujourd’hui monnaie courante

Extrait du discours du 5 Aout 2019, qui a fait suite à la tuerie de El Paso, au Texas

Y a-t-il un lien entre la violence qui se déploie dans le monde virtuel et la violence pour de vrai ? La frontière entre les deux mondes est-elle poreuse ?   Les criminels étaient-ils déjà dangereux avant de jouer ? Leur violence s’est-elle développée à force de jouer ?

Une question taraude le roman « Don Quichotte », le héros est-il fou ? complètement ou à moitié fou ?  La lecture des romans qui l’a perturbé ?  Dans ce livre cela s’inscrit dans une perspective comique ; mais au 21ième siècle, quand un fou tue une dizaine de personnes, la question prends du poids…

Une des affaires les plus symptomatiques de la continuité entre monde virtuel et monde réel est la tragédie de Christchurch en nouvelle Zélande. Brenton Tarrant, après avoir encouragé la haine contre les musulmans dans les réseaux sociaux, a filmé son attaque de deux mosquées en vision subjective, comme un héros des jeux videos, pour en diffuser en direct les images avec « Facebook live »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Attentats_de_Christchurch

Des experts se sont également posés ces mêmes questions , et leur réponse est unanime, il n’y a pas de lien entre les deux mondes, plusieurs études le prouvent

Mise en perspective : après la fusillade de Columbine en 1999, les enquêteurs ont découvert que les deux tireurs aimaient jouer à Doom, un jeu de tir multijoueurs. Depuis lors, des jeux de plus en plus réalistes montrant des éclaboussures de sang et des décapitations, associés à des fusillades de masse incessantes, ont perpétué le lien entre les deux. En 2017, l’American Psychological Association a publié une déclaration décourageant les politiciens et les journalistes de faire le lien entre les jeux vidéo et les fusillades de masse.

[…]

A l’inverse, des jeux violents auraient même permis à faire baisser des faits de violence aux Etats-Unis. Ce sont deux chercheurs américains, Christopher Ferguson et Patrick M. Markey, qui l’affirment, chiffres à l’appui, dans une étude publiée en avril 2017 sous le titre « Moral Combat ». Selon eux, il y a eu une diminution des agressions sur personne au moment de la sortie des grands jeux de tirs en vision subjective.

Extraits d’un article du journal Forbes.

Les conséquences de l’externalisation massive des services informatiques

Les dirigeants des grandes entreprises françaises ont une vision assez « restreinte » de l’informatique, pour eux l’informatique est un outil, et ils font souvent le choix de ne pas capitaliser sur des compétences internes en informatique.

La conséquence directe de ce choix est l’externalisation massive des prestation informatique, l’informatique est une machine qu’il faut « adapter » on préfère solliciter des informaticiens « mercenaires » pendant des périodes de temps réduites.

D’après une enquête réalisée par l’observatoire Cegos en 2011, les services les plus externalisés en entreprise sont les systèmes d’informations et de télécommunications avec 49%, suivi par la logistique et la distribution avec 48%. L’externalisation du marketing ou de fonctions périphériques ainsi que les forces de vente externalisées ou supplétives ne représentent que 17%. Ce dernier chiffre est à mettre en parallèle avec les 30% d’externalisation des fonctions RH et de formation.

Extrait du blog upsell.fr

Le droit du travail, la politique de gestion des ressources humaines des grands groupes ne permettent pas de recruter et de mettre fin rapidement aux contrats d’informaticiens, les entreprises font donc appel aux ESN (Entreprises de Service Numérique).

Comme elles ont des contrats courts, les ESN ont besoin de profils immédiatement opérationnels, cela réduit considérablement l’employabilité des jeunes diplômés, beaucoup de jeunes diplômés perdent leur compétence informatique faute d’obtenir un premier CDI qui leur permettent de valider leurs acquis.

la notion de plein emploi en informatique n existe vraiment pas! Je suis jeune diplomee avec un DUT Informatique en poche et tout ce que les entreprises me disent c est : « pas assez d experience » ou « vous n avez pas les competences necessaires ».

Pourtant, je suis ouverte d esprit et prete a me former a de nouveaux procedes et/ou langages mais si on ne m offre pas mon premier job en info, cela signifiera que mes parents m ont paye un diplome juste bon a mettre a la poubelle… .

Ca a de quoi degouter les nouveaux qui devraient plutot s orienter vers le marche de la sante.

Celine sur zdnet.fr

Aussi, dans les mêmes ESN, les informaticiens qui n’ont pas évolué vers des fonctions de mangement et qui dépassent les 50 ans sont écartés et peinent à se recaser. Particulièrement en France ou les stéréotypes ont la vie dure, et où on ne conçoit pas que des profils seniors réalisent des tâches techniques.

Je suis informaticien avec 15 ans d’expérience (Chargé de Projet)

Je suis au chômage depuis plus de 2 ans.

On ne m’emploie à cause de mon age (environ 50ans), je suis près à faire des sacrifices, aller loin de ma famille, … mais rien.

Que faire?

Je désespère

Nicolas sur zdnet.fr

Une profession qui fait peur aux femmes

C’est un constat généralisé : il n’y a que très peu de femmes dans la profession. Tout le monde s’en étonne et s’en désole.

par rapport à la proportion, homme-femme, il y a un changement bien colossal, c’est-à-dire c’est une profession qui est sinistrée entre guillemet, il y a de moins en moins de femmes. Donc c’est une population presque exclusivement masculine.

Parmi les technico-commerciaux chez Oracle France il y avait 30% de femmes, et en 15 ans ça a été divisé par deux, on en a plus que 15% ; je pense que c’était une véritable catastrophe, c’est un métier qui n’attire plus que des mâles, alors pourquoi, je n’en sais rien.

Pattick M

La sous-représentation des femmes en informatique, un ratage historique

Sur le papier la profession d’informaticien a des atouts pour plaire aux femmes, il n’y a pas de caractère pénible pour ce travail, c’est un travail de bureau, sans permanences de nuit, les horaires pratiqués sont compatibles avec la vie de famille.

Autre point à considérer, la profession est née récemment, dans les années 1970 et 1980. Au commencement, la page était blanche, et ni les hommes ni les femmes ne pouvaient être influencés par des stéréotypes sur le genre de cette profession.

Doit-on considérer qu’au départ la profession d’informaticien ait été considérée comme les autres professions à compétence techniques fortes, dans lesquelles les femmes sont historiquement sous-représentées ?

Considérons l’évolution de la représentation des femmes dans les professions techniques sur le temps long …

  • Certaines professions et formations étaient tout simplement fermées aux femmes, l’école polytechnique par exemple était interdite aux femmes jusqu’en 1972 ;
  • Les femmes ont été sous-représentées dans les domaines techniques et scientifiques pendant de nombreuses années, en partie en raison de stéréotypes de genre et de biais sociétaux.

Les statistiques montrent que depuis les années 1960 les femmes sont de plus en plus en plus représentées dans tous les cursus et les professions techniques/scientifiques. Depuis les années 1990, il y a plus de femmes diplômées que d’hommes diplômés en France…Partant du principe qu’aujourd’hui les femmes sont acceptées dans toutes les formations, et que les stéréotypes de genre sont de plus en plus « battus en brèche », on peut penser qu’en étant patient la représentation des femmes en informatique va finir par s’équilibrer…

 

Environ 20 pour cent de femmes dans les formations informatiques

Regardons deux sources statistiques différentes concernant la France

      Pourcentage de représentation des femmes dans différentes filière scientifiques universitaires  en France

2020-2021
Universités – Formations scientifiques y compris ingénieurs 42,0
Sciences fondamentales et applications 30,5
Sciences de la vie, de la santé, de la Terre et de l’Univers 63,5
Plurisciences1 58,9
Universités – Santé 65,6
Médecine et odontologie 64,3
Pharmacie 65,6
Plurisanté (Paces et Pass2) 69,9
DUT – Spécialités de la production et de l’informatique 23,1
Ensemble 48,7

 

Source : INSEE et  Mesri-Sies – systèmes d’information SISE et Scolarité

On peut lire que l’on se rapproche que la parité les homme-femmes (48,7%) est atteinte sur l’ensemble des filières scientifiques, avec une plus grande représentation des femmes pour dans les filières santé et sciences de la vie.

La filière informatique est celle ou la part des femmes est la plus faible (23,1%).

En ce qui concerne les filières d’ingénieur, on constate une baisse drastique de la proportion des femmes

« En trente ans, le nombre de femmes ingénieures en informatique est passé, en France, d’un tiers des effectifs à seulement 15 % »

https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/03/03/metiers-du-mumerique-l-exode-des-femmes_5430824_3234.html

Regardons une statistique canadienne, émise par statistiques Canada.

Au Canada comme en France, les femmes sont plus représentées dans les sciences de la vie, on y lit qu’en informatique la part des femmes est de l’ordre de 20 pour cent mais qu’elle baisse.

https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/75-006-x/2016001/article/14643-fra.htm

Les statistiques montrent que la situation ne s’améliore pas, qu’elle s’aggrave.

Les femmes n’aiment pas se retrouver dans un monde trop masculin, c’est une explication de la sous-représentation des femmes dans les cursus de formation à l’informatique.

Voilà un cercle vicieux, la sur-représentation des hommes dissuade une partie des femmes de postuler pour la profession, le résultat est une accentuation de la sur-représentation des hommes, qui de fil en aiguille dissuade encore plus de femmes….

Voici le témoignage de Fériel A qui a découvert cette réalité de façon abrupte

Cela a été un choc, c’était une surprise, je suis arrivé dans un amphi et j’ai réalisé qu’il y avait une centaine d’hommes et une seule fille (en plus de moi),

[…]

Dans les écoles informatiques comme fille on est toujours regardé bizarrement, si tu as une bonne note c’est suspect, si tu as une mauvaise note c’est suspect, quoique tu fasses c’est suspect.

 

Souvent, avant même l’entrée au lycée et les choix d’orientation, les jeunes femmes découvrent l’investissement important des garçons dans les jeux violents, elles associent l’informatique à un milieu d’hommes agressifs. Cet apriori est conforté par une le sexisme qui s’exprime dans certains jeux et dans les forums de jeux videos.

A partir de 2010, le forum jeuxvideo.com a basculé dans une autre sphère. Les discussions sur le dernier Call of Duty ont été remplacées par des propos à la fois complotistes, homophobes, sexistes ou encore racistes.

[..]

Depuis pas mal d’années sa cible préférée reste : les femmes. Certains utilisateurs opèrent de manière presque systématique. Ils repèrent une femme, si elle est féministe c’est encore mieux, et ils s’attaquent à elle via des centaines, voire des milliers de post. Moqueries sur son physique, menace de mort, de viol…

Source radiofrance.fr

Une explication est donnée par Marc C, elle est intéressante, elle recoupe avec un constat réalisé dans le chapitre précédent.

Dans l’informatique pure, les entreprises ont du mal à embaucher des femmes. Tout simplement ce n’est pas juste une question de prédisposition par rapport aux matières dures, mais je pense plutôt une notion de risque.

C’est quand même un métier à risque, c’est un métier qui, la pyramide des âges s’écroule de 45 ans à 50 ans, à ce que je crois. Je n’ai pas vu de vieux informaticiens.

Je pense que les femmes sont beaucoup plus intelligentes que les hommes et que si elles se préservent du domaine de l’informatique c’est parce qu’elles sentent que c’est un peu dangereux.

Mar C

Deux faits peuvent nuancer ce point de vue :

On a la chance de voir plus de femmes cheffe de projets, responsables des tests, ce sont des postes que certains désigneront comme n’étant pas la « vraie informatique » (comme montre le témoignage de Marc C cité plus haut), mais ce dernier point de vue est un peu macho, ce sont des postes aussi importants que les autres…en informatique…

Dans les milieux moins « durs » que les ESN, les femmes s’épanouissent (cf témoignage de Véronique), cela corrobore ce que dit Marc C, quand  les conditions sont difficiles, les femmes s’éloignent.

Voilà une singularité de l’informatique qui ne met pas en valeur le secteur, nous irons plus loin dans la réflexion dans le chapitre « quel est le genre de l’informatique ? ».

L’objectif de cette étude, mieux comprendre les informaticiens

 

L’informatique fait maintenant partie du monde

Les ordinateurs, les tablettes et smartphones font partie du monde, on se rappelle plus le nom d’une ville, on pose la question à moteur de recherche, on veut produire une liste de courses pour une recette de cuisine, une recherche sur marmuton.org…

on a complètement oublié comment on faisait pour travailler avant les moteurs de recherche. C’est une autre question passionnante : la transition entre les générations. Ça me rappelle l’histoire de cette gamine de 10 ans qui demande à sa mère :

 «  Mais maman, je ne comprends pas. Tu m’as dit que quand tu étais petite, tu n’avais pas d’ordinateur, comment est-ce que tu faisais pour aller sur Internet  ?  »

Plaidoyer pour les trajectoires non-linéaires, leçon de clôture de Gerard Berry, chercheur en informatique

Entre 1980 et 2020, le déferlement de l’informatique a changé le statut de l’informaticien

Dans les années 70 c’est 80, les ordinateurs étaient rares, les informaticiens étaient une petite communauté hermétique. Les ordinateurs étaient utilisés pour des applications scientifiques, dans les grandes entreprises et les banque. L’informaticien était une curiosité, un « chamane » dialoguant avec ces ordinateurs que personne ne comprenait.

Maintenant la situation s’est inversée, on fabrique plus de 2 milliards de microprocesseurs par an, les enfants de 8 ans utilisent des terminaux mobiles.  Une personne qui n’a pas d’ordinateur ni de smartphone est gênée  dans son quotidien

L’informatique s’est étendue dans tous secteurs de la société ; on disait au premier siècle avant JC, « Rome n’est plus dans Rome », on peut dire aujourd’hui « l’informatique n’est plus sous le contrôle des informaticiens ».

Dans le chapitre « Evolutions et révolutions de l’informatique », nous verrons en détail comment les innovations matérielle et logicielles ont rendu l’informatique si accessible et comment le métier d’informaticien a évolué.

Finalement, l’informaticien existe-t-il ?

Dans sa pratique régulière de l’ordinateur, monsieur et madame Toulemonde savent réaliser une certain nombre de tâches : déclarer ses impôts en ligne, consulter une recette de cuisine, imprimer un contrat ..  En développant une pratique de l’informatique, chacun devient son propre informaticien…  Mais pour faire face à de nouveaux problèmes, quand la débrouillardise ne suffit plus… un besoin d’aide se fait sentir, c’est là que l’on attend « l’informaticien », l’expert qui va résoudre les problèmes.

L’informaticien existe d’abord quand a besoin de lui ; c’est dans les yeux de l’utilisateur en détresse que l’informaticien se crée.

Aussi, dans une très petite entreprise (TPE), le rôle de l’informaticien pourra être endossé par l’employé qui est le plus apte à débrouiller les problèmes de ses collègues. La société pourra embaucher un « premier informaticien » polyvalent pour :

  • Organiser et superviser la mise à jour des bases de données ;
  • Acheter, préparer et maintenir les ordinateurs et les imprimantes ;
  • Gérer les connexions réseau et Internet ;
  • Maintenir les services de messagerie, le site Internet, réseaux sociaux,

Dans les plus grandes organisations, on accumule plus de besoins informatiques, on embauche plus d’informaticiens.  Il n’y alors plus « un informaticien unique », mais un « interlocuteur unique », le Directeur des Services Informatique, et ses équipiers du service informatique.

Dès que les informaticiens se spécialisent, l’image de l’informaticien disparait… Pourtant les informaticiens, même s’ils ont des métiers différents, ont un certain nombre de motivations en commun… on les verra dans le chapitre « Des informaticiens et des hommes, les motivations des informaticiens ».

Comment s’organise une équipe d’informaticiens ?

Pierre Danos, un des meilleurs joueurs de rugby en France de l’après-guerre disait :« Au rugby, il y a ceux qui jouent au piano… et ceux qui les déménagent »

On dira : « en informatique il y a ceux qui livrent les pianos (les machines et infrastructures), et ceux qui jouent au piano (ceux qui exploitent la puissance des machines) …

Dans le chapitre « Un informaticien, des informaticiens », on verra le détail des métiers de l’informatique, le travail des livreurs de piano sera explicité dans le chapitre « ingénieur système et réseau » et celui des joueurs de piano sera explicité dans le chapitre « Analyste Programmeur ».