Des informaticiens et des hommes, les motivations des informaticiens
L’informaticien passionné et l’informaticien raisonné
L’informaticien passionné, la plongée de l’autre côté du miroir
L’informaticien raisonné et l’exigence de communication
Informaticien passionné ou informaticien raisonné, faut-il choisir ?
Qu’est ce qui anime l’informaticien quand il est seul ?
L’informaticien prend du plaisir
L’informaticien ne lâche plus son clavier
Les motivations supérieures des hackers
Les 6 motivations des informaticiens
Estime et Appartenance à un groupe
Plaisir et liberté de l’abstraction
La curiosité et l’exploration
L’accomplissement de soi, l’expertise
Salaire et statut
Estime et appartenance à un groupe

Des informaticiens et des hommes, les motivations des informaticiens
Nous connaissons tous le cliché de l’informaticien restant « dans son monde », parlant son jargon et animé par ses seuls problèmes ; ce cliché a quelques fondements, que l’on expliquera dans ce chapitre.
Les débuts de l’informatique ont coïncidé avec une époque où les jeunes construisaient des contre-culture (et la plus connue étant la culture hippie), la culture des hackers est devenue une de ces contres cultures …
D’un côté vous aviez les tenants de l’informatique « sérieuse » ; les employés de DEC, IBM, Wang … des consultants bien payés, qui arrivent à l’heure à leur rendez-vous, avec une chemise repassée, et ne sortent pas du cadre des besoins qui ont été exprimés.
De l’autre côté vous aviez des jeunes hirsutes, passionnés et joueurs, faisant les choses avec peu de moyens mais avec un code d’honneur, les hackers…
Ces petites équipes de pionniers étaient des stakhanovistes, cette culture des hacker s’est développée dans des universités américaines (dont le MIT), ils ont crée le mythe des informaticiens.
On les a également appelés hobbyistes, et/ou « makers ».
Hobby dans le sens d’une passion qui occupe les temps libres
To Hack (le verbe) dans le sens de bidouiller, bricoler, un hack(le nom) étant une réalisation ; attention à cette époque ce n’était pas pris dans le sens de pirater comme employé plus souvent maintenant.
L’informaticien passionné et l’informaticien raisonné
Au commencement l’informatique ne payait pas, il n’y avait que des informaticiens passionnés. Le premier d’entre eux est Alan Turing. En 1935, bien avant des vraies machines informatiques, il a formalisé le fonctionnement de l’ordinateur, ce que l’on appelle la machine de Turing, cette invention est considérée comme le fondement de l’informatique moderne.
Alan Turing (1912-1954)
Dès son plus jeune âge, Alan Turing s’est fait remarquer par son originalité. A 13 ans, le jour de la rentrée est celui de la grève générale de 1926, mais le jeune Turing, décidé envers et contre tout à faire sa rentrée, parcourt seul à bicyclette les 90 km qui séparent son domicile de son école. Ses professeurs lui reprochent ses cahiers couverts de ratures et de tâches, son individualisme, son manque d’esprit de corps. Il ne cache pas son désintérêt pour les matières non scientifiques et plus d’une fois il est surpris en cours d’instruction religieuse à tenter de résoudre un problème de mathématiques. A 16 ans il découvre et comprend les travaux d’Albert Einstein. A 23 ans il se fait remarquer pour ses travaux en mathématiques et obtient une bourse. Il poursuivra une carrière universitaire et la qualité de ses travaux sera reconnue, mais son caractère entier le fera souvent changer d’employeur. Dans un pré où il se repose en 1935, l’idée vient à Turing d’une « machine universelle », sorte de cerveau électrique, opérationnelle dans le cas de toute fonction mathématique calculable. La machine de Turing est sans conteste l’ancêtre de tous les ordinateurs d’aujourd’hui, des plus simples aux plus complexes. L’invention d’Alan Turing est d’autant plus remarquable qu’il travaille seul, loin des grands centres de recherche américains qui, une dizaine d’années plus tard, mettront au point la toute première génération d’ordinateurs. Alan Turing s’est illustré pendant la seconde guerre mondiale, il a réussi à « casser le code » de la machine Enigma, utilisée par les militaires allemands pour encrypter leurs communications, cela a eu un impact considérable sur la suite de la guerre, en contribuant à précipiter la chute des nazis. En 1948 il contribue collège de Bletchley Park au développement à la programmation du premier ordinateur électronique : Manchester Mark I. En 1950 Turing explore le problème de l’intelligence artificielle et propose une expérience maintenant connue sous le nom de test de Turing, où il tente de définir une épreuve permettant de qualifier une machine de « consciente » ; Turing fait le « pari que d’ici cinquante ans, il n’y aura plus moyen de distinguer les réponses données par un homme ou un ordinateur, et ce sur n’importe quel sujet. Assumant son homosexualité, Turing est condamné en 1952 à une « castration chimique », ce traitement le fragilise psychologiquement et la publicité qui en résulte le bloque dans sa carrière. Cela contribue à son suicide en 1952. Pour en savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alan_Turing |
Avec le développement de l’informatique commerciale, l’informaticien raisonné est né, plus calme et organisé, il est payé pour mener à bien les projets qu’on lui confie. La différence fondamentale entre les deux types d’informaticiens s’exprime ici, c’est la différence et la nature de leur rémunération. L’autre différence réside dans la gestion du temps passé avec l’ordinateur, pour l’informaticien passionné le temps est extensible, il s’adapte à la nature du problème qu’il traite ; pour l’informaticien raisonné le temps est calculé, l’équation « temps passé-argent gagné » est toujours présente dans le calcul de l’informaticien raisonné.
Pour l’informaticien passionné, la passion dépasse la raison ; pour l’informaticien raisonné, la raison maîtrise la passion.
L’informaticien passionné, la plongée de l’autre côté du miroir
Illustration de la plongée de l’autre coté du miroir de l’informaticien passionné, le coté informatique est en bleu, dans sa vie «réelle » il est un parmi d’autre, quand il plonge il devient le « décideur », il est aux commandes de puissants moyens et il peut socialiser avec des « pairs » (d’autres informaticiens passionnés).
L’image connue de « plongée de l’autre côté du miroir » dans « Alice au pays des merveilles », s’applique bien à notre informaticien passionné. En effet quand on traite d’un problème informatique, la concentration est souvent telle que plus rien en dehors de l’informatique n’existe, on est dans un monde à part, comme dans le « pays des merveilles »
On peut parler de « bulle métaphysique », et l’informaticien voyage dans l’onde de sa pensée, rien ne le ramène à la réalité.
Attention, Il ne faut pas que l’on se trompe, on pourrait croire, à la lecture de ce chapitre, que l’informatique est une forme de drogue… Ce n’est pas du tout cela … démarrer en informatique est beaucoup plus proche de l’apprentissage du piano que de la consommation de narcotiques, et c’est une expérience plus intellectuelle que sensible…
La passion pour l’informatique est une passion saine, elle ne cause pas de comportements déviants, comme peuvent causer la passion aux jeux d’argents ou la dépendance à l’Internet et aux réseaux sociaux.
Pour l’informaticien passionné l’ordinateur est comme une voiture puissante qui peut l’amener à explorer des régions, des pays… l’ordinateur est une machine heuristique, elle lui permet de découvrir de nouveaux mondes, des voies inconnues…
L’exploration n’est pas facile, elle est souvent source de surprises, de déconvenues.. L’informaticien passionné est motivé par l’exploration et l’extension de « son royaume », un domaine qui s’étend au rythme des connaissances qu’il acquiert. L’informaticien passionné décide de tout, il organise tout, c’est lui le commandant en chef, il entraine ses trompes et choisit ses armes (ses disques durs, ses routeurs, processeurs, programmes, librairies de code), il évalue les capacité de l’ennemi (son défi, son problème). Il est stratège et à l’écoute de ses intuitions, il cherche le terrain le plus adapté, défini le plan de bataille, et monte au front (assemble et configure les composant, teste et étend son programme). Chaque fois qu’il réussi à percer un nouveau un problème, chaque fois que son ennemi rends les armes, l’informaticien passionné se trouve dans l’humeur de Napoléon au lendemain de la victoire d’Austerlitz ..
L’informaticien passionné est en prise directe avec l’ordinateur, il cherche quelque part à faire corps avec la machine pour s’adjoindre sa force, l’ordinateur est un prolongement de lui-même. Il peut y avoir un rapport d’affection entre l’informaticien et son ordinateur ; j’ai discuté avec un informaticien qui venait de déménager, il m’a dit « la première chose que j’ai faite en arrivant c’est de vérifier que mes ordinateurs fonctionnaient bien, après cela j’étais rassuré » ; cette affection est proche de l’affection que quelqu’un peut avoir pour sa maison, dont il a soigné la décoration, ou bien de l’affection que certains ont pour leur voiture, qu’ils ont choisi et qu’ils ont régulièrement entretenue..
Dans la démarche de l’informaticien passionné deux choses sont importantes, le choix des défis et le choix des moyens (que j’ai appelé « choix des armes » dans l’allégorie militaire). Choisir son défi est une démarche d’affinité, cela correspond au choix que peut faire un artiste peintre pour le choix de ses sujets, va t’il peindre des portraits des natures mortes, des paysages.. ou bien va t’il trouver un sujet encore différent et vraiment original ? Le choix des moyens est également un moteur important pour l’informaticien passionné, la blogosphère fourmille d’annonces tonitruantes sur l’arrivée de nouvelles technologies et l’existence de nouveaux langages.. Cela excite nécessairement la curiosité de l’informaticien passionné, pour se faire une idée par lui même il va tester et entreprendre un projet qui va lui permet d’éprouver la nouveauté.
Mon expérience d’informaticien passionné
Informaticien depuis 1996, j’ai produit, en dehors de mon travail et pour mon strict plaisir une quinzaine d’utilitaires répondant à des problèmes courants, souvent le jeu était soit de découvrir une technique (HTML, Java, JSP, MSAccess..) et de créer une application prétexte pour « formaliser » l’acquisition de la compétence acquise, le développement prenait rarement plus d’une semaine, et je publiais mes programmes sur mon site Internet, ils y sont toujours.. http://fredvaron.net/pro/goodies.htm En 2001 cela a pris une autre tournure.. à la faveur des attentats du 11 septembre 2001 et d’un gel de certains projets suite à cet évènement, je me suis retrouvé sans activité mais payé pendant 6 mois.. J’avais à l’époque souffert à l’extrême pour installer le serveur d’application Oracle.. 2 journées entières pour changer le paramétrage et ajuster des fichiers de configuration, le tout pour un résultat improbable, les programmes étaient tellement gourmands en ressources que l’affichage d’une page prenait une trentaine de secondes. Le lendemain j’ai téléchargé le package easyphp, PHP étant une alternative gratuite au serveur d’application d’Oracle.. le programme a été téléchargé en 3 minutes, l’installation s’est déroulée en une vingtaine de secondes, le tout fonctionnait d’emblée avec des temps de réponse vraiment bons.. J’étais vraiment bluffé.. Je me suis dit qu’il y avait vraiment là quelque-chose à faire avec cela. Outre sa légèreté et son efficience, PHP permettait de déployer des applications gratuitement et de les diffuser sur Internet. J’étais motivé pour explorer cette nouvelle voie, la voie des programmes du monde libre .. Je me suis mis à développer une troisième version (après une version en MSaccess et une version en java) d’une application basique d’enregistrement et de diffusion de quizz.. de fil en aiguille et de morceau de code en morceau de code, l’application est devenue de plus en plus riche et ce qui n’était qu’un exercice exploratoire s’est transformé en un projet « entrepreneurial » , j’ai « pris le mors aux dents » et je me suis dit que cela pourrait finir par devenir un gagne-pain.. J’ai présenté le projet à une «pépinière» et j’ai obtenu une bourse. A cette époque, en 2004, j’avais 2 enfants en bas âge et je travaillais en journée comme consultant. Pour pouvoir travailler le soir je descendais dans notre sous sol, ma femme m’appelait « l’Hermite », je grugeais tellement sur mes heures de sommeil qu’il m’est arrivé de m’endormir sur la cuvette des toilettes. Ce projet « entrepreneurial » a été un demi-succès, mon objectif de « réconcilier » mon emploi et ma passion, de pouvoir vivre de cette production a été atteins à 15 %, et ce projet a été doublé par un autre projet entrepreneurial qui a eu plus de succès. |
L’informaticien raisonné et l’exigence de communication
L’informaticien raisonné est employé pour ses talents d’informaticien, il a un contrat qui lui garanti ses revenus, le rôle est bien défini.
Son usage de l’informatique est associé au monde de l’entreprise, il se met à disposition de l’organisation qui le paie.
L’Informaticien raisonné ne fait pas d’heures supplémentaires, il respecte le cahier des charges et il est capable d’expliquer son travail de façon relativement claire.
Contrairement à l’informaticien passionné, l’informaticien raisonné n’est pas en prise directe avec la machine, il est l’intermédiaire entre la(les) machine(s) et les utilisateurs. C’est fondamentalement cela qui prévaut à l’organisation de son travail.
L’informaticien raisonné doit développer une bonne communication, il doit être en mesure de recevoir les «messages» de l’organisation, il doit a tout moment communiquer sur ce qu’il fait et comment il le fait.
Dans toute organisation, l’informaticien qui communique mal se trouvera bloqué et son travail ne sera pas compris, ses productions seront dénigrées, voici le témoignage d’un ingénieur système à propos d’un défaut de communication..
J’en ai eu l’expérience il y a quelques temps, où nous avons dû refaire intégralement une installation SAP (ce qui prend du temps, croyez-moi) parce que celui qui l’avait fait l’avait fait à la va-vite. Cela peut se comprendre, il avait commis quelques erreurs, ce qui encore peut se comprendre, mais surtout n’a rien documenté. Même pas le résultat de la commande script(1), même pas ne serait-ce que deux/trois lignes sur ses principes d’installation. Le seul problème avec ça, c’est qu’il était censé faire cette installation, mais aussi la rendre reproductible. Au total, en voulant (consciemment ou non) gagner une heure (ce qui suffit à faire un copier/coller en nettoyant le résultat de script et en ajoutant deux commentaires de ci de là), tout son travail est perdu. Et comme il n’était pas là, quelqu’un d’autre a recommencé, remettant en cause les choix techniques, ou ne les comprenant pas (tout le monde ne réfléchit pas de la même façon), perdant du temps, etc. Au bout du compte, cette installation aura pris trois fois le temps qui aurait dû lui être imparti, choix d’architecture et documentation compris. |
L’informaticien raisonné passe une bonne partie de son temps, on pourra penser à peu près la moitié, à la communication :
- Communication avec son équipe pour permettre l’efficience du travail « en groupe »
- Communication avec les utilisateurs pour former, informer, définir et préciser les besoins
- Communication avec son supérieur hiérarchique pour trouver des solutions et prévenir les problèmes
L’informaticien raisonné se sent bien socialement dans son organisation, il communique de façon formelle et informelle; son travail se fait aussi bien par email que devant la machine à café que devant ses lignes de code..
Voici dans le témoignage de Phile une vision du rôle de la machine à café
Cela fait bien longtemps que je n’ai plus de journée type qui consiste à arriver au bureau et trainer un peu avec 5 dossiers en attente de trucs à terminer, commencer par un café, et puis commencer à saisir un problème, puis reprendre un café, et aller prendre un café, discuter avec les collègues et recommencer, laisser passer l’heure du déjeuner et là ça y est on est à fond dedans et là cela y est on avance, manger à pas d’heure et partir relativement tôt ou non en fonction de l’état du projet ou de la flemme ou si on est dedans ou pas. |
L’informaticien raisonné sait situer son rôle dans la vie de entreprise, il doit comprends son action dans la dynamique des services informatiques, et il comprends sa place dans son équipe et sa place dans la hiérarchie.
Informaticien passionné ou informaticien raisonné, faut-il choisir ?
Bien entendu cette approche est un peu binaire, informaticien raisonné et informaticien passionné, ce sont des archétypes, tout informaticien qui a un emploi est à la fois passionné et raisonné.
On peut développer les deux attitudes à des moments différents
Il n’est pas absolument nécessaire de faire un choix, on peut être pleinement dans le rôle de l’informaticien raisonné la journée et se mettre dans la peau de l’informaticien passionné les soirs et weekends.
Ce mode de fonctionnement est pratiqué par beaucoup d’informaticiens.
Il permet à certains de trouver un équilibre… chez lui l’informaticien travaille sur des projets personnels dans lequel il se défoule… et au travail l’informaticien a une vie sociale plus riche ; il sera plus efficace si il ne cherche pas à assouvir sa passion à mauvais escient pendant les heures de bureau.
Il y a des moments ou le travail rémunéré et la passion sont compatibles
A certains moments il est possible de trouver une cohésion forte entre le projet d’un informaticien et le projet d’une entreprise, dans ce cas la motivation de l’informaticien est à son comble, il deviendra un informaticien passionné pendant les heures de travail.
[PDUBIEF – MES CHOIX INTEGRATIK & KEYRUS]
Qu’est ce qui anime l’informaticien quand il est seul ?
L’informaticien prend du plaisir
Ce qui motive en premier lieu l’informaticien et qui l’éloigne des non informaticiens, c’est le plaisir qu’il peut prendre à programmer.
« il y a quelque chose d’extraordinairement attirant dans la programmation » dit Vinton Cerf, le père de l’internet.
Linus Torwald a d’ailleurs dit « l’ordinateur est en soi un plaisir »
D’ou viens ce plaisir ? voici l’explication de Tom (témoignage 3)
« Et quelque part aussi, et je trouve c’est la liberté, c’était vraiment un sentiment de liberté, c’est infini, c’est grand.
Et ce sentiment de liberté, je l’ai soit en programmant, soit en conduisant »
La dimension du plaisir est souvent associée à la dimension du jeu, et souvent les premiers programmes réalisés sont des programmes de jeux…
Alan Turing a programmé intégralement un jeu d’échec en informatique en 1951, n’ayant pas de machine avec une mémoire assez puissante, il a testé son programme en déroulant les instructions à la main.
L’informaticien ne lâche plus son clavier
Le plaisir est intense, l’expérience est enivrante, et certains informaticiens ne voient plus l’heure et ne s’arrêtent plus, et finissent par tomber d’épuisement
« Depuis les années 1960, au MIT, l’image classique du hacker est celle de quelqu’un qui se lève au début de l’après-midi pour se lancer avec ardeur dans la programmation et qui poursuit ses efforts jusqu’aux petites heures du matin. »
L’énergie, plus on en donne et plus on en a … voici le témoignage de Sarah Flannery
« J’étais très excitée, Je travaillais toute la journée et je me sentais ragaillardie. C’étaient des moments où je ne voulais jamais m’arrêter. »
Cette excitation peut créer des problèmes, comme en témoigne Tom,
« On peut arriver sur un projet où les gens sont tellement excités par ce qu’ils ont à faire par le développement …. qu’ils se surinvestissent et peuvent péter les plombs , ils peuvent présenter des problèmes de santé […..]
Je dis ça parce qu’à moi, ça m’est arrivé à titre individuel, j’étais sur un projet et je prenais beaucoup de plaisir à travailler là où j’étais, l’intensité était tellement forte pour livrer que finalement ça posait un problème de santé.. »
Les motivations supérieures des hackers
Si on lit le code d’éthique des hackers on comprends vite qu’il y a une revendication dans leur credo, ces informaticiens ont le sentiment de changer le monde, et ils ne courent pas après l’argent
« The Hackers Ethic »
1) L’accès aux ordinateurs – et à tout ce qui peut vous apprendre quelque chose sur la façon dont le monde fonctionne – doit être illimité. Respectez le « Hands-On Imperative » ! Quand on rencontre un obstacle, il faut « y mettre les mains » et résoudre le problème sans attendre que l’on vous y invite ou que l’on vous y autorisera.
2) L’information doit être gratuite. La gratuité de l’information et des logiciels est supposée plus efficace, par les synergies qu’elle permet, qu’une économie où les logiciels seraient vendus sur le marché et protégés par des copyrights.
3) Ne pas faire confiance à la hiérarchie, promouvoir la décentralisation. Les hackers étaient, bien avant d’autres, des partisans de l’organisation transverse qu’ils jugeaient seule efficace. Ils étaient par ailleurs insensibles aux prestiges de la hiérarchie, comme le montre la règle suivante
4) Juger les hackers selon la qualité de leurs hacks et non selon des critères farfelus comme le diplôme, l’âge, la race ou le grade. Seule compte la compétence, le niveau atteint dans la maîtrise de la machine : il s’agit de contourner les obstacles que celle-ci oppose à ceux qui veulent la plier à leurs besoins.
5) Vous pouvez créer de l’art et de la beauté avec un ordinateur. L’ordinateur n’est pas seulement fait pour calculer, comme le suggère « computer », ni pour mettre de l’ordre, comme suggère « ordinateur » : on doit pouvoir l’utiliser pour faire de la musique, dessiner, créer des mondes imaginaires qui donneront aux rêves un prolongement (presque) aussi vrai que le monde réel.
Je comprends que la lecture de ce code puisse vous laisser perplexe. Il en ressort les points suivants:
- La démarche des hackers est d’accéder à un niveau supérieur de « maitrise de la machine » ;
- Les hackers veulent faire participer le maximum de monde et ne pas « privatiser » l’accès à l’information ;
- Ils n’ont pas de respect des structures établies, et ils proposent un modèle alternatif de travail et valorisation des compétences ;
- Dans cette quête l’objectif n’est pas que la maitrise de l’informatique, elle est aussi une recherche artistique.
Au delà de la seule maitrise technique, les hackers revendiquent une attitude philosophique ; quelques hackers revendiquent l’influence de Nietzsche (par ex. « A Hacker Manifesto », McKenzie Wark) ; Nietzsche étant le philosophe qui a la plus grande influence sur le monde moderne…
Cette volonté de trouver une voie à l’encontre des modèles établis est assez proche de la notion nietzschéenne de volonté de puissance. Dans son livre « ainsi parlait Zarathoustra », il conseille à l’homme de s’engager ce qu’il appelle le grand style :
« Supposez qu’un homme vive autant dans l’amour des arts plastiques ou de la musique, qu’il est entraîné par l’esprit de la science ».
Nietzsche considérait à son époque que Charles Baudelaire est des artistes ayant atteins « le grand style », si il a avait pu vivre notre époque, il aurait sans doute mis en avant certains hackers comme des tenants du grand style.
Pour en savoir plus :
http://philosophie.initiation.cours.over-blog.com/article-le-grand-style-de-nietzsche-ou-l-harmonisation-des-forces-pour-atteindre-la-grande-sante-entretien-de-luc-ferry-56304427.html
On aurait pu naturellement penser que ces informaticiens idéalistes n’auraient pas pu faire le poids en face des éditeurs de logiciel. Ces derniers qui investissent beaucoup d’argent et sont capables de payer cher pour retenir les meilleurs développeurs…
Le paradoxe, c’est que sans organisation hiérarchique, sans motivation d’argent, les développeurs du monde libre se sont montrés capables de réaliser des logiciels très riches en fonctionnalités et de grande qualité.
On ne peut pas vraiment dire que les hackers aient imposé leur vision contre les tenants du logiciel « payant », l’industrie du logiciel a construit des empires et son pouvoir est important. Mais nous pouvons aujourd’hui compter sur beaucoup de logiciels qui sont issus du monde « libre », développés par les héritiers des hackers.
Le réseau Internet lui même peut être largement considéré comme une réalisation des hackers ; l’accès gratuit à l’information, qui caractérise l’Internet, est une des revendications des hackers. La très grande majorité des logiciels qui permettent de gérer le réseau Internet, d’administrer les serveurs Internet et les serveurs de messagerie sont issus du monde libre.
La plus grande réalisation du monde libre est Linux, un système d’exploitation qui compte plus d’un millier de développeurs actifs et qui est diffusé à plus d’un milliard d’exemplaire de part le monde.
Linus Torvalds , le plus connu des hackers.
Né en Finlande en 1969 de deux parents journalistes, Il découvre l’informatique vers l’âge de 11 ans grâce à l’ordinateur de son grand-père (un Commodore). Au début des années 1990, Linus est étudiant à l’université d’Helsinki, il fait l’acquisition d’un PC sous architecture 8086, un des premiers ordinateurs à avoir un jeu d’instructions « public ». Il utilise le système Mimix (un logiciel libre) pour administrer son ordinateur, il trouve cependant l’émulateur de terminal trop limité et commence à développer son propre émulateur de terminal. Ayant effacé par erreur le logiciel Mimix de son ordinateur Linus décide finalement d’étendre son ensemble de programmes plutôt que de réinstaller Mimix. A la fin des années 1991 il commence à diffuser son système d’exploitation sous le nom de Freax, le logiciel est finalement renommé Linux, enregistré comme logiciel libre et il est rapidement adopté par la communauté de hackers. Linus s’est toujours défini comme un « technicien », il n’a jamais revendiqué d’autre identité que celle d’un bon programmeur et il s’est attaché à organiser et maintenir une communauté pour produire le meilleur logiciel possible. Sachant se montrer autoritaire pour mener certains arbitrages, on l’a surnommé le « dictateur bienveillant » . Il vit aujourd’hui dans la Silicon Valley, et il est membre de la « Linux fondation ». Pour en savoir plus : |
Les 6 motivations des informaticiens
Il existe plusieurs théories de la motivation, celle qui se prête le mieux à la population des informaticiens est la théorie de Richard Deci sur l’autodétermination.
Dans les années 1970, Richard Deci a découvert que la récompense n’est pas un facteur motivant dans tous les cas de figures.
Pour en savoir plus :
http://alain.battandier.free.fr/spip.php?article19
Nous avons d’un coté les motivations inconditionnelles, indépendantes du contexte dans lequel l’informaticien évolue, elles apparaissent en bas du schéma.
- Plaisir et liberté de l’abstraction
- Goût de la réalisation et du défi
On peut les appeler les «motivations souches» ; Il est très rare que l’informaticien perde une de ces dernières motivations, elles lui sont nécessaires pour travailler au jour le jour ; elles sont le « carburant » de l’informaticien dans son travail quotidien.
Elles peuvent tenir lieu de « refuge », si l’informaticien n’adhère plus au valeurs ni aux objectifs de son employeur, il peut toujours se concentrer sur ce qu’il produit.
Les autres motivations sont liées à la conduite des travaux de l’informaticien et à son emploi, elles sont plus dépendantes des projets qu’il réalise et de l’environnement dans lequel il évolue.
Les motivations intrinsèques ou autonomes sont les motivations que l’on peut trouver « par soi-même », elles sont autodéterminées ; ce sont :
- Curiosité et exploration
- Accomplissement de soi
Les deux motivations souches sont également des motivations intrinsèques, globalement on peut dire que l’informaticien est beaucoup plus animé par des motivations intrinsèques que par des motivations extrinsèques, sur 6 motivations de l’informaticien, 4 sont des motivations intrinsèques.
Les motivations extrinsèques ou « contrôlées » dépendent de l’emploi de l’informaticien, ce sont:
- Statut et le salaire
- Estime et Appartenance à un groupe
Plaisir et liberté de l’abstraction
Nous manipulons quotidiennement des milliers d’ abstractions.. soit par exemple le cheval, nous avons tous l’idée du cheval, un être vivant, un moyen de transport, une plastique… Nous pouvons également rencontrer un cheval réellement, l’observer, et interagir avec lui, cette expérience nous permet de confronter une expérience sensible avec l’idée que l’on en a du cheval.
L’avantage de l’abstraction et qu’elle permet d’aller plus vite dans l’appréhension du monde qu’en s’appuyant sur la seule démarche d’observation. La transmission et la découverte d’abstractions se sont développées avec l’écriture et la diffusion des livres. Les grecs et le philosophe Xénophon ont révélé l’ivresse que procure l’abstraction.
Platon a décrit dans l’ « allégorie de la caverne » l’opposition entre le monde sensible et le monde des idées. Dans cette allégorie Platon décrit le monde sensible comme étant une prison de l’âme, et il met en avant le rôle du philosophe qui s’inscrit dans une acquisition des connaissances associées au monde des idées.
Pour en savoir plus https://fr.wikipedia.org/wiki/Allégorie_de_la_caverne
En programmation informatique tout que l’on manipule est constitué d’abstractions, l’informaticien expérimente l’ivresse de l’abstraction de façon quotidienne, c’est souvent exprimé comme un sentiment de liberté.
Ce qui m’a attiré c’est la possibilité de création, en informatique on a la possibilité de créer un produit de A à Z, ce que l’on ne peut pas faire dans le commerce.(dans Témoignage2-fany)
La liberté de l’informaticien est largement acquise par le fait que personne dans l’organisation n’est capable de comprendre qu’il fait. Il n’y a pas ou peu d’indicateur sur la performance ou la force de travail des informaticiens, dans beaucoup d’organisations ils ont souvent une « paix royale », il peut organiser son travail comme il l’entend.
Gout pour la réalisation et la performance
L’informatique dans son ensemble est au service de la performance, et elle s’inscrit immédiatement dans le réel, elle est productrice d’innombrables « changements », la distance est toujours faible ente la pensée et l’action.
Dans la vie, nos désirs sont souvent contraints, on se prépare souvent à l’action et l’on doit souvent attendre le prochain train, la bouche « compréhension décision action» est souvent diluée, dégradée, rompue..
Avec l’informatique, on dispose d’un outil inégalé pour articuler la pensée et l’action.. on conçoit et on réalise « des objets de l’action », rapidement et « sans contrainte »..
Absence de risque et faible cout induit : Quand on développe une passion «technique», comme le maquettisme, la chimie, l’électronique, ou une passion « artistique », on prend des risques, il y a des risques techniques de destruction du « produit » ; possibilité de court-circuit… Il y a des risques physiques, on peut s’écorcher, se blesser, s’intoxiquer… Cela requiert du matériel, des matières premières, des espaces et du rangement…et les dépenses suivent .
La magie de l’informatique c’est que tout ce que l’on manipule ne se dégrade pas et ne peut pas vous faire mal, la seule chose que l’on risque vraiment c’est de perdre son temps d’une part, et d’avoir à redémarrer l’ordinateur d’autre part. En termes de couts induits, une fois que l’ordinateur est acheté, il n’y a que la dépense d’électricité qui rentre en jeu.
Rapidité de mise en oeuvre : comparé à l’ensemble des processus de développement de produits en ingénierie, l’informatique c’est vraiment très rapide. Dans le développement de produits médicaux par exemple, on suit le développement de molécules sur au moins 5 ans, le cycle de conception d’une voiture dépasse souvent une année… En informatique on est capable de réaliser un programme exploitable en .. moins d’un mois..
Tout processus de création passe par différentes phases, on peut parler de boucle de conception/expérimentation, elle est représentée ci-dessous.
La boucle de conception / expérimentation en informatique
La durée de la boucle d’expérimentation a un impact énorme sur la motivation du concepteur, et en informatique elle peut aller autour d’un mois / une semaine
En une semaine et parfois en moins d’une semaine on est capable de savoir si une idée tient la route ou non, il est possible alors de réajuster le tir et de chercher une autre solution
Et souvent la résolution d’un problème permet d’entrevoir d’autres problèmes ou bien elle ouvre sur d’autres perspectives, elle peut remettre en cause une partie de la conception initiale, on a tout de suite des résultats tangibles qui permettent d’avancer.
Le développement en informatique est quelque chose de très vivant, c’est une aventure et les informaticiens se prennent facilement au jeu.
La motivation de l’informaticien est régulièrement satisfaite par
- La « bonne marche du système, l’informaticien est le garant de la sécurité et de la performance du système en place, il a la même satisfaction devant le système informatique en fonctionnement « normal », c’est une satisfaction de même nature la satisfaction que peut avoir un architecte devant un bâtiment qu’il a conçu.
- Les avancées, elles sont nombreuses, à chaque pas, petit progrès l’informaticien est capable de valider la pertinence des choix qui prévalent aux les solutions implantées, il peut constater la qualité de son travail.
- Les défis à relever ; l’informaticien doit souvent relever des défis, que ce soit dans une forme de « confrontation avec le système » pour pouvoir exploiter au mieux la technologie, ou bien quand les informaticiens travaillent de concert avec les utilisateurs de l’informatique pour satisfaire des besoins complexes.
La curiosité et l’exploration
On peut ajouter à l’ivresse de l’abstraction le sentiment de faire partie des découvreurs d’un nouveau monde.
Les problèmes liés à l’implantation donnent naissance à une véritable curiosité chez l’informaticien ; il souhaite en faire plus, en savoir plus.
On peut avoir le sentiment que l’on est à la découverte de quelque chose qui est en train de révolutionner le monde…
« en m’orientant en informatique en 1980, j’ai surtout parié sur l’avenir quand même, sans faire des recherches particulières. » (Témoignage1-sancho)
L’informatique est toujours « en soi » un monde à découvrir, avec plus d’un millier de langages différents, des techniques d’optimisation, des logiciels qui sortent tous les jours, des versions de logiciels qui apportent leurs lots de nouvelles fonctionnalités … Le passionné d’informatique est invité à des découvertes et un voyage intellectuel permanent.
Même quand l’informaticien n’est pas l’inventeur, même s’il n’est pas non plus le premier à découvrir une technique ou un langage, l’excitation de la découverte est présente, tout ce qu’il apprend le rend plus compétent et lui permet d’être plus performant et de faire face à de nouvelles situations.
Au quotidien pour les informaticiens, l’exploration est une exigence ; les techniques évoluent rapidement et c’est vraiment le quotidien pour l’informaticien que d’apprendre par lui même et d’explorer de nouvelles possibilités.
Mais tout va si vite dans le monde de l’informatique qu’il faut toujours se tenir au courant des nouveautés, se renseigner, lire. C’est très motivant d’avoir un challenge à relever chaque jour ! […] Souvent, je vois des jeunes diplômés qui pensent tout savoir une fois leur formation scolaire terminée. Or, seules des expériences concrètes sur le terrain leur permettront d’acquérir le savoir nécessaire pour leur donner accès à de plus grandes responsabilités. (Témoignage de Frank, responsable d’exploitation).
L’accomplissement de soi, l’expertise
L’accomplissement de soi est une forme d’orgueil, une force vitale, pour l’informaticien il est lié à la maitrise des outils et une confiance acquise, autrement dit une expertise. L’expertise de l’informaticien est un niveau supérieur de compétence ; une compétence acquise qui lui permet de faire face aux situations les plus variées et complexes dans son domaine.
L’accomplissement de soi est une qualité que l’on trouve chez les informaticiens matures, ayant connu un certain nombre de succès et d’échecs; ils savent alors faire coïncider leurs espérances et leurs compétences, ils savent se situer, gérer et anticiper les risques. Cette confiance est acquise à force de succès.
Pour atteindre l’accomplissement de soi, il faut compter sur des qualités telles que :
- Des compétences en phase avec les objectifs poursuivis ;
- la concentration ;
- la maîtrise de soi, le zen ;
- la clarification des buts à atteindre ;
Une identification forte au résultat : Ce qui a été imaginé, disséquées, construit petit à petit, en dépassant une succession d’imprévus et de risques, prend beaucoup d’importance aux yeux de son créateur. Le programme ou l’organisation d’une infrastructure c’est le bébé de l’informaticien ; il vit une forte satisfaction quand son produit deviens valide et qu’il est utilisé ; ce contentement est sans doute comparable avec le contentement d’un cuisinier qui sait réussir à tous les coups une nouvelle recette..
Linus Thorvald est à tous égards un homme posé et réfléchi ; s’est montré capable de « sortir de ses gonds » quand il s’agit de défendre l’image de Linux.
Il existe un dicton allemand qui dit :
Il est facile de faire bien un jour, il est difficile de faire bien tous les jours.
On touche ici la différence entre la motivation du gout pour la réalisation et la performance et celle de l’accomplissement de soi, l’accomplissement de soi (ou l’expertise) touche la capacité à faire bien tous les jours.
La recherche de l’accomplissement de soi peut être facilité par le choix de modèles, à l’image du jeune Victor Hugo qui disait « je veux être Chateaubriand ou rien », un informaticien pourra dire aujourd’hui « je veux être Linus Thorvald ou rien ». N’hésitez pas à demander aux informaticiens quels sont leurs modèles, cela vous permettra de mieux discerner leurs motivations.
Salaire et statut
On aurait peut être du commencer par là, tant le point est important, certains pensent que sur les 6 motivations décrites dans ce chapitre, celle du salaire contrebalance toutes les autres motivations, et que l’on peut s’arranger des autres motivations si le salaire est bon..
Le salaire n’a que très rarement été évoqué d’emblée dans la quarantaine d’entrevue qui on été menées préalablement à l’écriture de ce livre, l’informatique est une école de patience et il semble que ce n’est pas une voie privilégiée par ceux qui sont motivés par l’argent.
Bien entendu les informaticiens ne sont pas crédules pour autant, quand leur salaire est trop bas et qu’il ne suit pas « la norme », ils sauront le faire savoir, ils pourront se montrer démotivés si ils sont conscients que leur rémunération ne suit pas la qualité de leur travail.
Globalement le informaticiens sont bien payés, l’informatique est une filière qui recrute régulièrement de plus en plus d’informaticiens depuis une quarantaine d’années, et trouver de bons informaticiens n’est jamais facile; cela se ressent sur les niveaux de salaires.
Durant les 4 dernières décennies il y a eu différents « appels d’air » qui ont créé une demande accrue d’informaticiens,
Au début des années 80 sont arrivés les micro-ordinateurs et la technologie client-serveur, deux nouveautés qui ont changé la façon de programmer les applications de gestion, ainsi que la façon de gérer les parcs informatiques.
A la fin des années 90 et au début des années 2000, il y a eu la concomitance
- du « bug de l’an 2000 », qui a provoqué une grande révision de tous les systèmes et programmes
- de la montée en puissance du réseau Internet, qui a ouvert la voie vers un grand nombre d’applications.
Depuis 2014-2015, on vit une explosion du développement de nouveaux services rendus possibles par les tablettes et les smartphones.
A chaque fois que se produit une rupture technologique de ce type, les salaires de ceux qui maitrisant la nouvelle technologie peuvent s’envoler, comme en témoigne Phile
En 1999 j’ai été 3 mois employé comme webmaster, administateur, homme à tout faire, un mi-temps payé 10 000 Francs, un beau salaire à l’époque . Dans les fait le mi temps c’était une illusion parce-que cela s’est vite révèlé être incompatible avec la licence que je devais terminer, alors j’ai donc du mettre un terme au contrat.
Au bout de deux à quatre ans, la technique se vulgarise, plus de gens sont formées à ces nouvelles technologies et les choses s’équilibrent …
Le statut des informaticiens
Les informaticiens sont des cols blancs, ils ne sont jamais loin du radiateur et leurs bureaux sont presque tout le temps proches de ceux des directions générales.
L’informaticien est donc bien loti en terme de conditions de travail..
Estime et appartenance à un groupe
On parle ici de motivations liées au « collectif », l’estime est ici celle renvoyée par les autres, contrairement à l’estime de soi qui est une motivation « intrinsèque ».
Une fonction utile dans l’organisation
Dans les entreprises et les administrations, les informaticiens étaient historiquement les utilisateurs exclusifs des machines informatiques, rien (ou pas grand chose) ne pouvait se passer sans qu’ils n’interviennent directement sur le système. Aujourd’hui comme la plupart des employés utilisent quotidiennement l’informatique, leur rôle a changé, ils sont devenus des « aidants » : ils résolvent quotidiennement les blocages des messageries, corrigent les problèmes de performance des ordinateurs, gèrent les accès et facilitent la découverte aux applications de gestion de l’entreprise. L’informaticien rempli donc une fonction utile, il est souvent remercié pour les services qu’il est capable de rendre ; cela lui renvoie une image qui participe de sa motivation.
Le système d’information de l’organisation, une construction dynamique et collective
L’implantation d’un système informatique est un peu à l’image de la construction d’un édifice, chacun apporte sa brique, et le tout doit finir par s’assembler dans un ensemble cohérent. Il y a beaucoup de communications entre les acteurs pour valider l’interopérabilité entre les différents éléments, près de la moitié des efforts sont développés pour maintenir la cohérence de l’ensemble.
La livraison d’une nouvelle version d’un logiciel d’entreprise, la mise en place de nouvelles infrastructures, ce sont des œuvres collectives :
- Les architectes et les analystes définissent les besoins et proposent des solutions ;
- Un objectif et une date de livraison sont définis;
- Les équipes techniques sont mobilisées ;
- Chaque impact est évalué, les scénarios sont revus, testés, retestés;
La clef du succès, l‘appropriation et la qualité
Le succès est un élément moteur et motivant, le développement de projet en informatique est motivé par les succès antérieurs et les succès à venir.
L’équation du succès est la suivante
S = A x Q
S : Succès A : Appropriation Q : Qualité |
De même qu’un informaticien peut s’approprier une réalisation personnellement (autrement dit s’identifier au résultat), une équipe d’informaticiens peut s’approprier une réalisation collectivement.
En informatique l’appropriation est beaucoup liée à l’adhésion de l’équipe avec les choix techniques adoptés. Il est plus facile de recruter et de fédérer une équipe en travaillant sur une technologie « qui a une bonne image » , que de motiver une équipe en travaillant sur une technologie qui tombe en désuétude.
Il est très important, pour obtenir une adhésion d’une équipe d’informaticiens, de se concerter avec elle sur les choix techniques ; quand cela est possible, on devra également décider collectivement des outils et de choix d’architecture.
La qualité, quand à elle, est aussi de la responsabilité collective de l’équipe informatique, elle s’organise à deux niveaux :
- dans la montée en compétence des nouveaux entrants
- dans la mise en œuvre d’une politique l’assurance qualité et la surveillance de la « production ».