Témoignage Hamed K

Hamed K,  48 ans au moment de l’interview

 

  Alors, la première question c’est à quel âge tu penses avoir fait le choix d’être un informaticien ?

Moi, sincèrement, le choix je ne l’ai pas fait. Parce qu’en fait, quand j’ai eu mon Bac, et de devenir un ingénieur après, j’avais postulé à deux écoles, diamétralement opposées, une école d’ingénieur agronome et une école d’ ingénieur informatique. Moi j’ai de la famille qui est dans l’agriculture, donc mon but était de devenir ingénieur agronome. Mais quand je suis allé voir les étudiant sur place, m’a dit tu es pris dans cette école mais l’autre école c’est mieux quand même.

Donc je suis parti dans l’école où il y a de l’informatique

Au départ, ce n’était pas vraiment ma vocation, j’ai trouvé même que c’était un peu trop gadget avec les ordinateurs. Mais après, il y a toujours le pragmatisme du métier, c’est qu’il y a peu de monde à l’époque de l’informatique, et donc voilà. Mais bon, cela ne me déplaisait pas en tant que tel.

 

  Donc, ça démarre comme ça, avant t’avais eu un ordinateur ou tu n’avais pas eu un ordinateur.

Jamais, l’ordinateur c’était né en 1986, donc l’ordinateur, il n’y avait juste que dans les écoles au Maroc, donc je n’avais pas eu. Parfois j’avais des petits gadgets de jeu que ramenaient d’autres personnes, donc pour jouer. Mais ce n’était pas un ordinateur approfondi, ce n’était que des consoles de jeu tout court.

 

  Donc, t’as commencé tes études en 1986, et cela t’as commencé à toucher les ordinateurs, c’était à Casablanca ?

C’était à Rabah, sur une sélection de Bac mention bien ou plus. Donc, ce n’était pas ouvert à tout le monde, il y a une sélection très stricte sur le dossier. Et puis voilà, c’était tout ce qu’il y a de très normal dans la formation d’informaticien. C’est-à-dire la programmation, les systèmes d’exploitation, les bases de données, les réseaux, les mathématiques et puis la formation parallèle en gestion et comptabilité ;

 

  Et là, vous avez quoi comme systèmes, des mini ou des micros ?

A l’époque, il y avait les premiers PC, il y avait aussi des gros systèmes avec des consoles, avec des grosses bobines, des bandes magnétiques et tout ça.

 

  Donc, t’as commencé avec les premiers PC?

Voilà, au centre informatique, ce n’était pas très bien équipé non plus. Mais, après il y avait les PC IBM qui sont arrivés. Sur lesquels, on travaillait les langages de programmation d’ordinateur PC, suite pascal, basic. C’était la première fois où il y avait les imprimantes matricielles, …. A ruban a encre. Donc c’était les premiers programmes sur lesquels on avait travaillé. Dans les formations, on essaie de s’élever sur de bases de données qui n’existe plus maintenant, foxpro et dbase. Donc, on travaillait sur des structures comme ça et dans la programmation poussée, plus tard on avait le langage C, avec le développement d’outils dans le système, les éditeurs de textes et tout ça.

 

  Donc, t’as fait combien d’années d’études ?

Quatre ans. La formation était tellement spécialisée, en fait sur le marché du travail à l’époque, un lauréat de notre école était plus demandé que le bacc +5, parce que le Bacc+5 ils avaient généralement une formation en commun de deux ans et 3 ans de formation informatique, alors que nous, on avait quatre ans de formations en informatique et aussi, il y avait le côté gestion, compta qui intéressait les entreprises.

 

  Donc, t’étais sorti en 91 à peu près, c’est ça ?

90, 91. J’étais sur le marché du travail en 92.

 

  Et tu as travaillé au Maroc ?

Oui, j’ai été recruté par une boîte, dans un premier temps, dans ma ville natale, parce qu’ils avaient besoin d’un bureau d’études qui faisait des statistiques, et donc ils avaient besoin d’un informaticien à la fois pour les statistiques pour les rapports et tout ça. Et ils avaient une activité également, de formation, à la fois pour le personnel et à la fois pour des administrations dans la région. Donc j’étais à la fois l’informaticien et aussi formateur pour d’autres équipes qui viennent d’autres administrations. J’étais enseignant et salarié sur une vie stable, et la rémunération c’était dans les moyennes, et c’était chez moi.

 

  Et tu étais formateur en quoi alors,

Eh bien, il y avait la bureautique, et pour certain c’était du VBA, sur Excel je veux dire.

 

  Et donc là, tu as confirmé finalement ta formation, et puis le fait d’être un formateur informaticien.

Au bout de deux à trois ans de formation, on devient informaticien, car on développe une envie de faire des programmes, d’édifier des algorithmes, de faire un projet et d’aller jusqu’au bout. Dans la logique, on devient informaticien dans sa tête. On commence à se rapprocher de la machine et voir comment la machine peut te rendre un peu la logique que tu aimerais voir.

 

  Et les statistiques, tu les produisais avec des tableurs ou des programmes spécialisés

Des tableurs spécialisés, Je ne me rappelle pas comment ça s’appelle, mais ce n’était pas Excel. C’est un outil avec lequel on développe des macros, ce sont des calculs, des moyennes, voilà des trucs comme ça. Et faire sortir ça en rapport.

 

  Et ça a duré combien de temps cette expérience alors,

Ça a duré un an à peu près. Et après j’étais formateur pendant un an aussi, c’était dans une école au Maroc, et alors, j’enseignais les bases de données et le langages C, c’était des choses que j’avais fait quand j’étais étudiant.

Donc c’était un premier cours que j’ai ré-enseigné, revisité voilà. Ensuite, en 98, je suis parti à Casablanca pour faire une autre expérience, c’était pour une banque, en prestation, La SGMB. Donc là, à ma connaissance, je faisais des choses que j’avais apprises sur les gros le système et le Cobol, ils avaient besoin de quelqu’un qui faisait du Cobol, il n’y avait pas tout sur le marché. Donc, à l’époque, ils raflaient tous les informaticiens, et faisaient des projets An 2000  et absorbaient tout le monde. Donc, j’ai vite fait mes preuves et d’ailleurs, sur place j’ai rencontré des anciens camarades de classe,

Donc, ça c’était de la découverte de la grande ville à Casa,

Mais, pour moi, ce n’était pas difficile, parce qu’en fait, l’employeur a été sympa avec moi, on m’a proposé un studio, dans la ville de Casablanca, il y avait une  pression sur l’immobilier, pourquoi pas un petit studio dans des villas, à un quart d’heure à pied du travail. Donc, je n’ai pas souffert pour l’installation, ce n’était pas un grand confort, mais ce n’est pas problématique non plus. Et donc, voilà, sur place aussi j’ai fait la correction des programmes pour les bugs An 2000. Et de temps en temps, comme j’avais des compétences VBA, on me donnait des petits programmes, faire des interfaces de données entre le gros système et d’autres progiciels… . Un an plus tard, il y avait des entreprises françaises qui venaient chercher des informaticiens marocains, en 98-99. Il y avait beaucoup de demandes en France à cette époque.

Les entreprises françaises qui venaient chercher des informaticiens au Maroc pour les ramener, donc moi, j’ai fait le tour. Je passe mon entretien, j’ai signé un contrat et je suis parti.

Donc, je signe pour une mission, c’est pour une grosse entreprise, de chez Shell, firme pétrolière, à Nanterre à l’époque, et je travaillais sur un projet de migration, justement d’un système, d’un ancien système vers un autre, c’était de la consolidation pour l’ Europe. Donc, il y avait des données à formater et à produire pour les intégrer dans un autre système. Donc, on développait avec des bases de données Access VB, on faisait des données textes, leur reformate qui est reproduit dans les formats de sorties.

Après, j’ai fait trois petites missions comme ça, dans les sociétés de bourse, c’était pour des problèmes de performance que j’ai réglé dans les premières semaines, et après on m’a proposé de rester, mais bon, je crois que ça ne me permettais pas une ascendance rapide, et aussi le salaire que j’avais demandé s’avérait plus élevé que ce qu’ils pouvaient me donner et voilà.

Donc, j’ai quitté cette société de bourse, à Paris. On m’a proposé d’autres missions, notamment  chez Total. On travaillait sur un projet d’intégration des applications en fait, à l’époque, il n’y avait pas encore un serveur très développé, donc on avait  l’idée de leur proposer des applications d’utilisateurs, comme passe-étape, un programme d’installation. L’utilisateur, quand il arrive sur son poste avec son login, on lui réinstalle à  chaque fois les applications sur le poste, comme ça quand ils se déplacent d’un coin à l’autre, là où ils se connectent, ils retrouveront leurs applications. Donc, on reconnaît en fait l’installation des applications.

 

  Et la sur l’informatique, est ce qu’il y a une différence entre ce qui est connu, dans le monde du travail, au Maroc et en France ou ça se ressemble beaucoup.

Eh bien, pour moi, en fait, sur la logique, c’est la même chose, parce qu’en fait les outils informatique ont l’avantage c’est d’être universel. C’est-à-dire, la première fois, on a travaillé sur le Cobol ou VBA, au Maroc ou en France ça reste la même technologie en fait. Donc, il va falloir qu’on y arrive, il y a une divergence de management, ce ne sont pas exactement les mêmes. J’ai envie de dire qu’au Maroc, il y avait plus de pression et de contrôle, je pense qu’en France il y en a un peu moins, il y a plus d’organisation.

 

  Donc, voilà, on a été formé en tant qu’ingénieur, on doit s’adapter rapidement, donc voilà.

J’ai fait la formation d’administration et j’ai intégré l’équipe des quatre personnes de DBA, c’était en 2001. Donc, il y avait une équipe sur place, il y avait des procédures, ils ont eu le temps d’apprendre tranquillement le métier de DBA, quoiqu’il en soit, aussi en management. Et moi de mon côté, pour les projets qu’on m’avait confié, j’avais bien réussi donc, ça se passait bien.

Dans  l’avenir de cette mission, il y avait un avenir à faire de gros projet. Il y avait en fait des filiales avec leurs propres systèmes d’information décentralisé, il y avait une première vague de centralisation dans l’ensemble.

Donc, il y avait des régions qui ont fusionné et absorbé l’informatique pour donner lieu à ce système informatique unique.

C’était en 2006-2007, et il y avait une autre version des outils, ce sera la version 7. Après une fusion d’entreprises, et la fusion des deux systèmes d’information. Donc, pour la partie des applications métier, on a gardé le système d’une entreprise. Pour la partie comptable, c’était la partie comptable de l’autre entreprise qui a été conservée, on est passé sur SAP.

 

  Donc, il y a eu une double migration,

Il y a eu de migration technique ; on est passé d’un système avec un seul serveur à un système multiserveur, avec tous ces problématiques de management, de gestion, de contraintes. Donc c’était des gros projets, parce que j’ai travaillé sur des gros comptes. Et dernièrement, j’ai travaillé pour une entreprise dans l’activité assurance qui a travaillé sur le changement de systèmes, alors que c’est un système AS400 vers un système Oracle AIX. Donc j’ai travaillé sur la partie installation des bases de données, des sauvegardes, des formations,  l’assistance aux équipes d’études. Donc, je me suis assez spécialisé avec les bases de données parmi les autres outils de l’informatique. Cela dit, personnellement j’ai essayé de faire beaucoup de choses, donc sans oublier mon principal métier en étant développeur lorsqu’il faut.

 

  Globalement, avec le métier d’informaticien par rapport par rapport à ce que tu l’avais envisagé au départ ; comment tu le perçois ?

En ce qui me concerne, je me fie à mon expérience, en fait il a des choix qu’on fait, mais il y a aussi des choix qui sont imposés, à un moment donné je faisais le développeur quand ça m’allait très bien, et après 5 ou 6 ans j’avais envie d’être dans tout ce qui est base de données, donc j’ai suivi une formation d’administrateur base de données.

Alors que l’informaticien adhère plus ou moins à la récurrence et à la répétition, la routine plus ou moins. Sur ce côté-là, évidement on reste pragmatique, il faut travailler, il faut gagner sa vie aussi et maintenir le système de l’entreprise, c’est le boulot. Et il y a toujours, évidement au bout d’un certain temps une envie de changer et passer à autre chose, avec l’âge, peut-être on se dit dans sa petite tête qu’il vaut mieux arrêter la technique et voilà, soit on encadre des personnes, soit monter autre chose  évidement en s’appuyant sur l’expérience technique.

Je voulais faire exclusivement de la technique, au bout d’un certain temps, je pense qu’il faut faire autres choses, après bon, il n’y pas que de la technique qui peut rester dedans, on parle d’années. Moi, ça me déplais pas, malgré tout.

 

  Et pour toi, il y a une évolution logique alors du métier de l’informaticien

Comme on vient d’en parler, comment ça peut me servir si je voulais me lancer dans le commerce, par exemple sur internet. Qu’il faut comprendre c’est quoi Internet, c’est quoi une base de donnée, est-ce qu’il y a un problème de connexion, est-ce que je peux regarder, et dire que je peux évidement reconnaître d’autres personnes pour le faire, mais au moins, on sait de quoi il s’agit. Donc, il faut comprendre les contraintes liées à la technique.

 

  Donc, ça pourrait être une évolution

Une évolution possible, si un jour on veut monter une boîte quelque part et on veut des jeunes développeurs administrateur, je peux quand même les chapeauter parce que j’ai une bonne compréhension du métier. Ça peut me servir pour faire du management avec ma technique, et je sais de quoi il s’agit.

 

  Donc, ça tu l’envisages à peu près dans les 45 ans 50 ans,

Oui, avant les 50 ans, comme ça, ça laisse un cycle de 15 ans d’activités plus ou moins en entreprise, évidement une entreprise qui marche bien quand même. Une entreprise ça reste toujours un risque à prendre. Donc, après voilà, si l’entreprise marche bien, on peut créer un cycle d’activités sur les 15 ans, donc voir partir à la retraite plus ou moins. Donc on fait des choses qui nous passent par l’esprit.

 

  Sinon, en terme de mixité dans les professions d’informatique, est ce que t’as rencontré beaucoup de, est ce que la situation était à peu près mixte.

En parlant de la mixité, en informatique, nous, on n’est pas mixte du tout. Donc, à la limite côté étude et maitrise d’ouvrage, oui un peu. Mais, côté technique, il y a rarement des informaticiennes, c’est comme ça, je pense que ça commence déjà dans les écoles, parce que les filles ne sont pas très cotées sur l’informatique technique, les garçons un peu plus, ça dépend aussi de la personnalité de la fille. Les filles ne sont pas dans les casse-têtes technique, elles sont plus dans l’organisation.

Je ne sais pas si mon recul est le bon, c’est mon sentiment. Mais bon, effectivement ce n’est pas mixte, on est dans l’ordre de 10 à 15% de filles en général dans les métiers techniques, tout ce qui est métier d’ouvrages et études, oui on trouve un peu plus de filles, en général.

 

  Et tu vois comment les perspectives pour le métier de l’informatique en général?

Le grand public est exposé à l’ordinateur, je pense que ça va se standardiser, se banaliser, pare que les jeunes, ils apprennent aujourd’hui, également des choses avec les jeux, ils deviennent informaticien un peu plus tôt, avant même de faire des cours. Moi, j’ai mon gamin qui, maintenant, arrive à tout, il va chercher les fichiers de configuration, il les installe et pour se connecter au serveur il le fait tout seul, donc il n’a pas besoin de moi, il va regarder sur Internet, il va regarder sur des vidéos YouTube pour trouver le mode opératoire.

Nous, quand on avait commencé, on n’avait pas ces outils-là (l’ordinateur et/ou Internet), on n’était pas familiarisé avec l’informatique. Mais, on a appris le métier, le développement, l’administration, la technique.

Les gens d’aujourd’hui, ils ont déjà cette familiarité avec l’outil et parfois, ils sont capables d’aller chercher, comprendre comment ça marche, et faire ça soit même

Et puis je ne pense que les produits, qui sont ce qui est connecté à la demande, je pense qu’il y aura encore de la demande. A mon avis il devient de plus en plus banal, lorsqu’on parle de communication et tout ça. Au bout de quelques générations, encore une dizaine ou vingtaine d’années, il n’y aura pas cette écart-là, à mon avis.

Le savoir informatique va être plus partagé. L’informatique ça va être moins un métier, mais plus une pratique.