Marc C, 62 ans au moment de l’entretien
Alors, quel était ton premier contact avec l’informatique ?
Eh bien, j’ai appris à l’université, donc ça m’a plu.
D’accord, et ça c’était à quelle année ou à quel âge ?
Dans les années 80, en fait je suis de la génération de la micro-informatique. Donc, IBM PC est né en 1981, ça fait partie de l’anecdote, et Apple à l’Apple 2 est née à la même période quoi.
Et les premières expériences, tu les as faites sur PC ou sur Mac ?
« non c’est sur un mini-ordinateur », sur un mini. Il n’y avait pas encore de mini-PC à la fac. Je crois que c’était un IBM 32, en mode batch, on perfore des cartes, le temps réel n’existait pas.
Sur des cartes perforées ?
Oui, on les perfore ton programme et on met en compilation, qui reçoit un listing d’erreurs, s’il n’y a pas, eh bien, ta carte elle marche, et puis tu peux refaire un run à nouveau mais avec des cartes de données différentes. Tu as des cartes de programme et puis des cartes de données et voilà.
D’accord, j’imagine que chaque itération est assez longue, puisqu’il faillait refaire toutes les cartes.
Oui il faut revenir le lendemain… en fait, on ne vire que les cartes erronées, on ne refait pas tout. A chaque fois, effectivement, il faut le remettre dans le casier de compilation pour le responsable informatique, et il compile et rend dans le même casier le listing d’erreurs ou des résultats plus les cartes.
Pour tout faire un programme, ça prenait pas mal de temps j’imagine.
Non, c’était des petits programmes, même pour plaisanter, c’était 100 à 200 lignes.
Et puis tu étais en quelle formation à l’époque alors ?
J’étais en comptabilité, cela n’avait rien avoir avec l’informatique.
D’accord, alors, tu t’es destiné à être comptable ?
Oui, voilà, même moi ça m’intéressait plus trop la comptabilité ; l’informatique m’intéressait plus. C’était l’aspect de l’automatisation qui m’intéressait à l’époque.
Donc, tu as réorienté tes études ?
Et puis j’ai surtout parié sur l’avenir quand même, sans effectuer des recherches particulières.
A ce moment-là, tu as refait des études, un cursus en plus ?
Oui, après j’ai fait une étude plus informatique, une maitrise d’informatique appliquée à la gestion. Ce n’était pas un trop mauvais calcul, parce que ça se basait quand même sur mes leçons. On part des choses que j’ai apprises. A l’époque c’ était des MULTICS, c’est une version d’Unix sur Bull.
Et après tu es rentré dans le marché du travail.
Oui, c’était la bonne époque… je choisissais les employeurs. J’ai démarré en tant qu’indépendant en fait, plutôt que d’aller chercher du boulot. C’est une expérience assez riche.
T’as démarré en quelle année sur le marché du travail ?
En 83-84, à l’époque, c’’était assez simple d’avoir des contrats en informatique. Oui, bien sûr. C’est l’époque de l’IBM PC, sans téléphones portables, les répondeurs interrogeables à distances avec les cassettes.. une autre époque…
Et tu fais comment pour avoir tes contrats alors, comme indépendant ?
Le marché était moins ouvert, sans les moyens de communication actuels, ; il était était moins fluide, beaucoup plus localisé.
C’était pour quel type de client ?
Oui, soit c’est des petites et moyennes entreprises qui n’ont pas les moyens de se payer un mini-ordinateur et des programmes. C’était le tout début de l’informatique, de la micro-informatique. Et donc, on pouvait se mettre en réseau avec plusieurs machines et se passer de l’achat couteux d’un mini-ordinateur. Cela a nuit en fait aux grosses machines, les mini.
Tu gérais les programmes à toi tout seul ?
Difficile de travailler en équipe parce que, le travail étant régulier dans le suivi de commercial. Donc je faisais du commercial, c’était un peu compliqué, mais j’y suis arrivé, plus ou moins. C’’était très stressant.
Devoir gérer le commercial plus la production quoi.
La production, avec le client, et ne pas se faire payer…
Tu as travaillé sur ce mode pendant combien de temps alors ?
7 à 8 ans, après j’ai eu l’opportunité de rentrer dans la distribution micro-informatique avec un associé, on a fait ça pendant 3 à 4 ans. Et puis on a fermé la boutique…
Oui, c’est la recherche permanente de la productivité, l’impôt, gérer le personnel, avec le banquier qui cesse de croire en plus, parce que lui il ne prend aucun risque… Et il n’accorde aucune ligne de crédit aux petites et moyennes entreprises.
En fait, tout simplement, pour faire la distribution, il faut du capital et il faut d’excellents financiers. Le moindre pourcentage de marge dégagé c’est bon et il faut avoir du volume en fait, Il faut industrialiser.
Je suis content d’être passé par là, et d’avoir arrêté d’une manière prématurée pour redevenir comme salarié. Sinon j’aurais continué à souffrir jusqu’à aujourd’hui. Heureusement que j’ai laissé tomber ça, parce que, si j’avais continué je serai mort surement actuellement, d’ailleurs j’ai eu un accident de voiture, j’étais pressé et j’ai eu un accident.
Il y a 6 ou 7 ans (ver 2010) sont arrivés les nanos processeurs avec cette différence c’est que les nano processeurs sont des ordinateurs de poche, et des ordinateurs complets. Et avec, on peut utiliser ça avec des cartes de géolocalisation, de température, ce qui permet beaucoup plus d’application en fait. Mais cette révolution, je la rappelle c’est la révolution du son numérique. Donc, en fait, si on doit s’informer aujourd’hui, on ne devrait plus parler d’informatique, on devrait parler du numériques…. Comme ça on est dans le monde digital, on n’est plus dans le monde informatique. D’ailleurs, le Syntec a changé de nom, les SSII ont changé de noms, ils s’appellent maintenant, des Entreprises de Services Numérique.
Ah oui, d’accord, ce n’est plus jute informatique alors.
Mais non, parce que la grande différence c’est que l’informatique, si tu veux, l’informatique a rendu le marché extrêmement performant, ça c’est une analyse non seulement informatique ni digital, c’est une analyse aussi économique, une partie économique. L’informatique a rendu le marché trop performant, c’est le marché financier. Avec des mainframes, des puissances de calcul incroyables, ça a permis d’informatiser les banques, les places du marché boursier, donc ça a rendu extrêmement performant ce marché. C’est la finance qui avait beaucoup bénéficié de la révolution numérique.
Maintenant la révolution numérique c’est l’extension de tous les autres secteurs d’activités. Donc, même les secteurs d’activités où le marché est lui-même n’est pas numérique, n’est pas digital, à la base digitale. Puisque le marché financier c’est à la base d’informations. Donc, on ne pourra pas s’en passer, puisque la matière première, c’est l’information et la production c’est toujours de l’information. On vend de l’information, enfin bref, et on encaisse de l’information.
Le cas le plus concret c’est le marché du taxi, à la base le service de taxi ce n’est pas du tout un service de modèle unique, c’est une personne qui conduit une personne. Mais la production classique de ce service n’est pas efficace. Pourquoi il n’est pas efficace, parce que le taxi est souvent vide, il roule à vide, enfin, la mise en correspondance de la demande et de l’offre n’est pas efficace. Donc qu’est-ce qu’on a fait, on a installé les bornes d’appel, pour la rendre beaucoup plus efficace, mais ce n’est toujours pas ça. Et puis après on a commencé à modifier les lignes téléphoniques, à avoir des centrales d’appel téléphonique, c’est un registre semi manuel, il est quand même manuel en partie.
Avec les smartphones, les nanotechnologies, les télécommunications sans fil ont permis d’automatiser la mise en correspondance, de celui qui a besoin d’un service et du taxi… ainsi on peut connaître le chemin le plus efficace entre deux points, et une fois que le service est rendu, la facture est automatiquement générée, le prélèvement encaissé, et la facture renvoyé.
Je prends comme cet exemple parce qu’il est très parlant, et tout le secteur de l’économie va être comme ça, parce qu’il n’y a qu’une partie du physique et une partie qui est numérique, digitale.
Et donc, après tu es retourné comme employé alors ?
Oui, là j’étais pénard,
Ta spécialité c’était plus la programmation ou infrastructures ?
J’ai fait de programmation de systèmes, les scripts, les baths, et après j’ai lâché la programmation au fur et à mesure, pour faire de l’organisation de projet.
Au niveau de la mixité de l’informatique, est-ce que toi, tu as rencontré des environnements où il y en avait un peu plus ?
Dans l’informatique pure, les entreprises ont du mal à embaucher des femmes. Tout simplement ce n’est pas juste une question de prédisposition par rapport aux matières dures, mais je pense plutôt une notion de risque.
C’est quand même un métier à risque, c’est un métier qui, la pyramide des âges s’écroule de 45 ans aux 50 ans, à ce que je crois. Je n’ai pas vu de vieux informaticiens.
Je pense que les femmes sont beaucoup plus intelligentes que les hommes et que si elles se préservent du domaine de l’informatique c’est parce qu’elles sentent que c’est un peu dangereux.
La majorité des chefs de projet ce sont des mecs, ce ne sont pas des filles. J’en ai connu une chef de projet. Eh bien non, je ne pense pas que c’est une question de compétence, elles sont assez malines pour ne pas aller dans les mauvais endroits, c’est quand même assez agressif comme environnement.
Est-ce que l’on peut rester informaticien longtemps ?
Les métiers en général, les métiers d’arts et les métiers sociaux, tu peux les exercer même si tu vieilli, l’informatique non. L’informatique, c’est difficile de coder à 60 ans quand même. J’ai mon copain-là qui à 57 ans, il code encore, mais c’est incertain. Commercial à 60 ans, oui, ça peut se faire, ou bien assistante sociale, tous les métiers sociaux…
Ça rejoint la productivité, le métier d’informaticien on arrive même en partie à l’automatiser, avec des outils de plus en plus puissants ; notre savoir est remis en cause tout le temps, il devient obsolète. Donc cela demande un effort incroyable pour le maintenir. Et quand bien même tu essayes de te maintenir, il peut être entièrement délocalisable, et éventuellement automatisable.
Les sociétés de service informatique n’embauchent pas de gens âgés parce qu’elles ne veulent pas supporter le risque en fait, les risques de maladie, de non-performance ; ces risques augmentent avec l’âge.
Très bien, est-ce que tu as quelque chose à ajouter ?
Donc si j’ai un conseil à donner au jeune c’est donc, oui c’est très intéressant de faire un peu tout au début, on a la santé, on n’a pas de responsabilité.